Montant du dépôt de garantie : liberté et usages

Contrairement au bail d'habitation (plafonné à 1 mois pour un logement nu), aucun texte ne plafonne le dépôt de garantie d'un bail commercial : son montant, ses modalités de versement et son affectation relèvent de la liberté contractuelle. Il n'est d'ailleurs même pas obligatoire — mais il est prévu dans l'immense majorité des baux.

Les usages du marché :

  • Loyer payable d'avance (le cas le plus courant) : dépôt de 1 à 2 termes, soit 3 à 6 mois de loyer pour un paiement trimestriel — c'est le standard qui évite le déclenchement d'intérêts (voir plus bas) ;
  • Locataire jugé plus risqué (création d'entreprise, activité volatile) : le bailleur demande parfois 6 mois, voire davantage — en acceptant alors de payer des intérêts sur l'excédent ;
  • Grandes enseignes : elles négocient fréquemment un dépôt réduit, remplacé par une garantie bancaire à première demande.

Le dépôt se verse à la signature, en une fois. Il ne produit d'intérêts au profit du locataire que dans le cas prévu par la loi — c'est la fameuse règle des deux termes.

Le montant se négocie comme le loyer : un preneur au dossier solide (bilans sains, ancienneté, garantie du dirigeant proposée spontanément) obtient souvent un dépôt limité à un terme. À l'inverse, exiger un dépôt disproportionné peut faire fuir de bons candidats — mieux vaut un dépôt raisonnable assorti d'une caution solide qu'un dépôt lourd sur un locataire fragile.

La règle des deux termes et les intérêts dus au locataire

L'article L145-40 du Code de commerce pose la seule limite légale : les sommes versées d'avance par le locataire, sous quelque forme que ce soit (dépôt de garantie, loyers d'avance), portent intérêt au profit du locataire — au taux pratiqué par la Banque de France pour les avances sur titres — pour la fraction excédant deux termes de loyer.

Concrètement, tout dépend de la périodicité du loyer :

  • Loyer trimestriel payable d'avance : le locataire a en permanence 1 terme d'avance (le trimestre en cours) + le dépôt. Si le dépôt dépasse 1 terme (3 mois), l'ensemble excède 2 termes → intérêts dus sur l'excédent ;
  • Loyer mensuel payable d'avance : 1 mois d'avance + dépôt — le dépôt peut atteindre 1 mois sans intérêts ;
  • Loyer payable à terme échu : aucune avance de loyer, le dépôt peut atteindre 2 termes sans déclencher d'intérêts.

Exemple : boutique louée 2 000 €/mois, loyer trimestriel d'avance (6 000 €/terme), dépôt de garantie de 12 000 € (2 termes). Avances totales = 6 000 (trimestre en cours) + 12 000 = 18 000 €, soit 3 termes : 1 terme excédentaire (6 000 €) porte intérêts au profit du locataire, chaque année, tant que le bail dure.

En pratique, beaucoup de bailleurs l'ignorent — et beaucoup de locataires aussi. Ces intérêts se prescrivent par 5 ans : un preneur attentif peut en réclamer l'arriéré, et le point ressort régulièrement dans les audits de cession de bail ou de vente des murs.

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Le dépôt pendant la vie du bail : indexation, cession, vente des murs

Trois événements affectent le dépôt en cours de bail :

  • L'indexation du loyer : si le bail le prévoit (clause fréquente), le dépôt est réajusté au même rythme que le loyer — un dépôt « 2 termes » reste 2 termes après chaque révision ILC ou ILAT. Sans clause, il reste figé au montant initial ;
  • La cession du bail ou du fonds : le sort du dépôt suit la convention des parties — soit le cédant se le fait rembourser et le cessionnaire en verse un nouveau, soit il est « transféré » dans le prix de cession. Le bail et l'acte de cession doivent être cohérents sur ce point, sinon le bailleur risque de devoir restituer deux fois ;
  • La vente des murs : l'obligation de restituer le dépôt suit les murs — l'acquéreur devient débiteur de la restitution, même s'il n'a jamais encaissé le dépôt (d'où l'usage de le déduire du prix à l'acte, un point de négociation classique dans la vente de murs commerciaux occupés).

Bonne pratique dans les trois cas : faire figurer le montant du dépôt détenu dans chaque avenant et chaque acte (cession, vente), avec la date de versement — la traçabilité évite l'essentiel des litiges de restitution des années plus tard.

Restitution en fin de bail : délais et retenues

Autre différence avec l'habitation : aucun délai légal de restitution n'est fixé pour le bail commercial. Le régime est celui du contrat :

  • Si le bail prévoit un délai (souvent 1 à 3 mois après la sortie et la remise des clés), il s'applique ;
  • À défaut, la restitution doit intervenir dans un délai raisonnable après que le bailleur a pu vérifier l'état des lieux et l'apurement des comptes — la jurisprudence sanctionne les rétentions injustifiées, avec intérêts de retard à compter de la mise en demeure ;
  • Le bailleur peut retenir les sommes justifiées : loyers et charges impayés, coût des réparations locatives établies par la comparaison des états des lieux, indemnités d'occupation. Chaque retenue doit être documentée (devis, factures) ;
  • L'état des lieux de sortie, obligatoire depuis la loi Pinel, est la pièce maîtresse : sans état des lieux d'entrée, le locataire est présumé avoir reçu les locaux en bon état — mais la preuve des dégradations reste à la charge du bailleur.

Contentieux type : le bailleur qui conserve le dépôt « en attente de la régularisation des charges » sans produire de décompte. La parade du locataire : mise en demeure chiffrée, puis saisine du tribunal — les juges assortissent fréquemment la condamnation d'intérêts et parfois de dommages-intérêts pour résistance abusive.

Cas particulier de la procédure collective du bailleur : le locataire devient créancier chirographaire pour la restitution — un risque théorique de plus en faveur des dépôts modérés côté preneur.

Comptabilité et fiscalité du dépôt de garantie

Le régime comptable et fiscal découle de la nature du dépôt — une somme restituable :

  • Chez le bailleur : le dépôt encaissé n'est pas un revenu imposable (ni en revenus fonciers, ni à l'IS) tant qu'il a vocation à être restitué. Il ne le devient que s'il est définitivement conservé en fin de bail (imputation sur des impayés ou des réparations) — il s'impose alors l'année de son acquisition définitive ;
  • Chez le locataire : le versement n'est pas une charge déductible — c'est une créance immobilisée au bilan (compte 275 « dépôts et cautionnements versés »), qui redevient de la trésorerie à la restitution. Seule la fraction non restituée (retenues justifiées) passe en charge ;
  • TVA : le dépôt n'y est pas soumis, même si le loyer l'est — il ne rémunère aucune prestation ;
  • Les intérêts de l'article L145-40 versés au locataire sont pour lui un produit financier imposable, et pour le bailleur une charge déductible.

C'est tout l'inverse du pas-de-porte, définitivement acquis dès le versement — d'où l'importance de qualifier clairement chaque somme dans le bail.

Les garanties alternatives ou complémentaires

Le dépôt de garantie n'est qu'un outil parmi d'autres — et pas toujours le plus efficace, car il ne couvre que quelques mois d'impayés :

  • La garantie bancaire à première demande : la banque du locataire paie sur simple appel du bailleur, sans discussion — la protection la plus forte, usuelle avec les enseignes et dans le tertiaire ;
  • Le cautionnement personnel du dirigeant : indispensable face à une société récente ou faiblement capitalisée — il engage le patrimoine personnel du garant (formalisme strict à respecter) ;
  • La garantie solidaire du cédant en cas de cession du bail (limitée à 3 ans depuis la loi Pinel) ;
  • La clause résolutoire, qui permet la résiliation de plein droit après commandement de payer resté infructueux un mois — l'arme de dissuasion principale du bailleur ;
  • L'assurance loyers impayés professionnelle : offre plus restreinte qu'en habitation, mais des solutions existent pour les locaux commerciaux.

Un bailleur avisé combine : dépôt de 2 termes maximum (pour éviter les intérêts), caution du dirigeant ou garantie bancaire selon le profil, et clause résolutoire irréprochable. L'ensemble se calibre à la mise en location du local, pas après le premier impayé.

Conseils pratiques bailleur et locataire

Bailleur :

  • Restez à 2 termes d'avances au total (dépôt + loyer d'avance) pour ne pas devoir d'intérêts ; si vous exigez plus, provisionnez-les ;
  • Prévoyez la clause d'indexation du dépôt et un délai contractuel de restitution réaliste ;
  • En cas de vente des murs, traitez explicitement le transfert du dépôt à l'acte ;
  • Ne confondez pas dépôt de garantie et pas-de-porte : le premier se restitue, le second est définitivement acquis — la qualification a des conséquences fiscales importantes.

Locataire :

  • Vérifiez si vos avances dépassent deux termes : les intérêts de l'article L145-40 vous sont dus automatiquement, réclamez-les (prescription 5 ans) ;
  • Exigez un état des lieux d'entrée détaillé — c'est votre meilleure protection à la sortie ;
  • À la sortie, provoquez l'état des lieux contradictoire et mettez en demeure par écrit si la restitution traîne sans décompte justifié ;
  • En cas de cession de votre bail, sécurisez le sort du dépôt dans l'acte de cession.

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