Vendre un bien loué : deux options possibles

Vendre un logement encore occupé par un locataire est parfaitement légal — le bail n'empêche pas la vente. La loi du 6 juillet 1989, qui régit les locations de résidence principale, protège toutefois le locataire : selon l'option choisie, elle lui garantit soit le maintien dans les lieux, soit un droit d'achat prioritaire. Vous devez donc choisir entre deux stratégies aux conséquences très différentes :

Vendre OCCUPÉVendre LIBRE
PrincipeLe locataire reste, le bail est transféré à l'acheteurVous donnez congé, le logement est vendu vide
Démarche locataireAucuneCongé pour vente + droit de préemption
DélaiImmédiatÉchéance du bail (préavis 6 ou 3 mois)
PrixDécote de 10 à 20 %Prix du marché (plein)
Acheteur typeInvestisseurAcheteur occupant ou investisseur

En résumé : vendre occupé est rapide mais se fait avec une décote ; vendre libre rapporte le plein prix mais impose des délais et une procédure stricte. Détaillons chaque option.

Option 1 : vendre le bien occupé

Vous vendez le logement avec son locataire en place. Le bail en cours est automatiquement transféré au nouveau propriétaire, qui devient le bailleur aux mêmes conditions (loyer, durée, dépôt de garantie). Vous n'avez aucun congé à donner, et le locataire ne bénéficie d'aucun droit de préemption (sauf cas particulier de première vente après mise en copropriété).

Avantages : vente rapide, sans attendre l'échéance du bail, et sans gérer le départ du locataire. C'est la voie privilégiée pour vendre à un investisseur, qui récupère un bien déjà loué et générant immédiatement des revenus.

Inconvénient : la décote. Un acheteur paie moins cher un bien qu'il ne peut pas occuper librement (voir plus bas). Le marché se limite par ailleurs aux investisseurs, ce qui réduit le nombre d'acquéreurs potentiels.

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Option 2 : vendre le logement libre (congé pour vente)

Pour vendre au plein prix, vous devez récupérer le logement vide en délivrant un congé pour vente à votre locataire. Règles impératives (loi du 6 juillet 1989) :

  • le congé doit être donné pour l'échéance du bail (jamais en cours de bail) ;
  • préavis de 6 mois avant l'échéance pour une location vide, 3 mois pour un meublé ;
  • notification par lettre recommandée AR, acte de commissaire de justice (ex-huissier) ou remise en main propre contre récépissé ;
  • le congé doit, à peine de nullité, indiquer le prix et les conditions de la vente et reproduire l'article 15-II de la loi de 1989.

Un congé envoyé trop tard ne prend effet qu'à l'échéance suivante : un retard peut donc repousser la vente de plusieurs années. Anticipez largement.

Le droit de préemption du locataire

Le détail complet des cas, délais et exceptions est dans notre guide dédié : droit de préemption du locataire.

Quand vous vendez libre, le congé pour vente vaut offre de vente au profit du locataire : il est prioritaire pour acheter, avant tout autre acquéreur. Le mécanisme :

  • l'offre est valable pendant les 2 premiers mois du préavis, au prix indiqué dans le congé (sans décote) ;
  • si le locataire accepte, il dispose de 2 mois pour conclure la vente, ou 4 mois s'il déclare recourir à un prêt ;
  • s'il ne répond pas ou refuse, il doit quitter les lieux à la fin du préavis, et vous êtes libre de vendre à un tiers ;
  • attention : si vous vendez ensuite à un tiers à un prix inférieur à celui du congé, le notaire doit notifier au locataire un nouveau droit de préemption à ce prix plus bas (offre valable 1 mois).

Ce second droit de préemption est une cause fréquente de retard : prévoyez-le si vous négociez à la baisse avec un acquéreur.

Le cas du locataire protégé

Tous les locataires ne peuvent pas recevoir un congé pour vente aussi facilement. La loi protège les locataires âgés et modestes.

Un locataire est protégé si, à la date d'échéance du bail :

  • il est âgé de plus de 65 ans, et
  • ses ressources sont inférieures au plafond fixé pour l'accès au logement social (PLUS).

Dans ce cas, vous ne pouvez lui donner congé pour vente qu'à condition de lui proposer un logement de remplacement adapté dans la même zone géographique. Cette protection s'applique aussi si le locataire héberge une personne de plus de 65 ans remplissant les conditions de ressources.

L'exception : vous échappez à cette obligation de relogement si vous êtes vous-même âgé de plus de 65 ans, ou si vos propres ressources sont modestes (sous le même plafond). Avant d'engager une vente libre, vérifiez donc l'âge et la situation de votre locataire : c'est un point qui peut tout changer dans votre calendrier.

La décote d'un bien vendu occupé : combien ?

Un logement vendu occupé se négocie en dessous de sa valeur « libre », car l'acheteur ne peut ni l'habiter ni en disposer librement. En ordre de grandeur :

SituationDécote indicative
Logement vide loué, bail récent10 à 20 %
Loyer bien inférieur au marchéDécote accrue (jusqu'à 25-30 %)
Bail proche de l'échéanceDécote réduite
Logement meubléDécote souvent moindre

La décote n'est pas automatique : elle dépend du type de bail, de la durée restante, de l'écart entre le loyer et le marché, et du sérieux du locataire (un bon payeur rassure l'investisseur). Un bien occupé bien situé, loué au prix du marché à un locataire fiable, peut se vendre avec une décote très faible.

Vendre directement à son locataire : souvent la solution la plus simple

Avant d'envisager congé et décote, posez-vous une question : votre locataire serait-il acheteur ? C'est fréquemment la voie la plus fluide, pour plusieurs raisons :

  • il connaît déjà le bien par cœur : pas de visites à organiser, pas de mauvaise surprise, une décision souvent rapide ;
  • la vente se fait logement occupé… par son futur propriétaire : aucune gestion de départ, aucun délai de relocation ;
  • vous pouvez vous passer d'agence et donc d'une partie des frais, en vendant de particulier à particulier.

Côté prix, tout se négocie : le locataire peut accepter un prix proche du marché (puisqu'il récupère un bien libre pour lui), tandis que vous économisez la décote « occupé » et les frais de commercialisation. Un simple courrier proposant l'achat, avant toute procédure de congé, suffit pour tester son intérêt. Beaucoup de ventes de biens loués se concluent ainsi, à l'amiable.

Vendre occupé à un investisseur

Un bien occupé n'intéresse pas un acheteur qui veut emménager — mais il séduit un investisseur, pour qui un locataire en place est un atout : pas de recherche de locataire, pas de vacance, des loyers dès la signature. C'est souvent la cible la plus naturelle d'une vente occupée.

Pour valoriser votre bien auprès de ces acheteurs, mettez en avant les bons arguments :

  • le rendement locatif (loyer annuel rapporté au prix), argument numéro un de l'investisseur ;
  • un locataire fiable : historique de paiement, ancienneté, dépôt de garantie en règle ;
  • un bail sain et à jour : contrat conforme, quittances, état des lieux, révisions de loyer correctes ;
  • l'absence de travaux urgents ou, à l'inverse, un potentiel de revalorisation du loyer.

Côté acheteur, les risques d'un bien loué tiennent surtout à la qualité du locataire (impayés, dégradations) et à la difficulté de récupérer le logement. Un dossier locatif transparent et complet rassure et limite la décote. Préparez donc, dès la mise en vente, un dossier qui regroupe bail, quittances, diagnostics et historique : c'est ce qui fait la différence sur un marché d'investisseurs avertis.

Cas particuliers à connaître

  • Location meublée : préavis de congé réduit à 3 mois, mais le droit de préemption de l'article 15-II ne s'applique pas de la même façon qu'en location vide.
  • Vente « à la découpe » (première vente après division d'un immeuble en lots) : le locataire bénéficie d'un droit de préemption renforcé.
  • Plus-value : un bien locatif n'est pas votre résidence principale, donc la vente est soumise à l'impôt sur la plus-value immobilière (36,2 %, avec abattements selon la durée de détention).

Occupé ou libre : quelle option choisir ?

Le bon choix dépend de votre priorité :

  • Vendre vite, sans gérer de départ → vendez occupé, en ciblant les investisseurs. Vous acceptez une décote mais gagnez en simplicité et en rapidité.
  • Obtenir le meilleur prix → vendez libre, en anticipant le congé pour l'échéance du bail. Vous touchez le plein prix et élargissez votre marché aux acheteurs occupants, au prix d'un délai plus long.

Dans les deux cas, commencez par une estimation sérieuse de la valeur libre, puis appliquez la décote éventuelle. Pensez aussi à intégrer la fiscalité et les frais à la charge du vendeur dans votre calcul de net. Et si vous gérez vous-même la vente, notre guide pour vendre sans agence détaille chaque étape.

Un dernier conseil : si vous optez pour la vente libre, calez votre calendrier sur l'échéance du bail et envoyez le congé dès que le préavis de 6 mois (ou 3 mois) le permet. Mieux vaut préparer la mise en vente pendant le préavis pour enchaîner sans perdre de temps une fois le logement libéré.