Vendre son fonds de commerce : étapes, prix, fiscalité (2026)
De l'estimation au déblocage du prix séquestré, la vente d'un fonds de commerce suit une procédure précise : information des salariés, publicité BODACC, solidarité fiscale. Guide complet avec barèmes de prix et exonérations de plus-value.
Que vend-on exactement quand on vend un fonds de commerce ?
Vendre son fonds de commerce, c'est céder l'ensemble des éléments qui permettent d'exploiter une clientèle : les éléments incorporels (clientèle et achalandage, droit au bail, nom commercial, enseigne, licences et autorisations, contrats transmissibles) et les éléments corporels (matériel, outillage, agencements). Les stocks sont vendus à part, généralement au prix d'inventaire, et les créances, dettes et immeubles ne font pas partie du fonds.
Ne confondez pas trois opérations aux régimes très différents :
- vente du fonds de commerce : vous cédez l'outil de travail, l'acquéreur poursuit l'exploitation dans les murs loués ;
- cession du droit au bail : vous cédez uniquement l'emplacement, sans clientèle — voir notre guide du droit au bail (définition, prix, fiscalité) ;
- vente des murs commerciaux : vous êtes propriétaire de l'immobilier et vendez les murs, occupés ou libres — voir vendre un local commercial.
Un même dirigeant peut mener les deux dernières opérations en parallèle (vendre le fonds à un repreneur et les murs à un investisseur) : les calendriers, les acheteurs et la fiscalité sont alors totalement distincts.
Estimer le prix de son fonds de commerce
Trois méthodes se combinent en pratique :
- Les barèmes professionnels par activité : chaque profession a sa fourchette exprimée en pourcentage du chiffre d'affaires TTC annuel. Ordres de grandeur usuels : boulangerie-pâtisserie 60 à 110 % du CA, restaurant 50 à 100 %, coiffure 50 à 90 %, pharmacie 70 à 100 %, prêt-à-porter 40 à 80 %. Ces barèmes donnent un point de départ, jamais un prix.
- La rentabilité retraitée (EBE) : on part de l'excédent brut d'exploitation, corrigé de la rémunération réelle du dirigeant et des éléments exceptionnels, multiplié par un coefficient de 2 à 5 selon l'activité et la solidité des chiffres. C'est la méthode que regardent les banques qui financent l'acquéreur — donc celle qui fait le prix réellement finançable.
- La comparaison avec les transactions récentes du secteur (bases notariales et professionnelles).
Les correctifs décisifs : la qualité de l'emplacement, le montant du loyer et la durée restante du bail (un loyer sous le marché ajoute la valeur du droit au bail ; un risque de déplafonnement au prochain renouvellement la retranche), la dépendance de la clientèle au dirigeant, l'état du matériel et les travaux de mise aux normes à prévoir.
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Préparer la vente : les obligations préalables
Deux obligations s'imposent avant de signer :
- L'information préalable des salariés (loi Hamon) : dans les entreprises de moins de 250 salariés, chaque salarié doit être informé du projet de vente au plus tard 2 mois avant la cession, pour lui permettre de présenter une offre de reprise. La sanction du défaut d'information est une amende civile pouvant atteindre 2 % du prix de vente. Les salariés ne bénéficient d'aucune priorité : vous restez libre de vendre à qui vous voulez.
- La purge des droits de préemption : dans les périmètres de sauvegarde du commerce, la commune peut préempter le fonds (déclaration préalable en mairie). Vérifiez aussi les clauses d'agrément du bail : la vente du fonds emporte cession du bail, que le bailleur ne peut pas interdire (article L. 145-16 du Code de commerce), mais dont il peut encadrer les modalités (acte auquel il est appelé, garantie solidaire limitée à 3 ans).
Préparez ensuite le dossier que tout repreneur (et sa banque) demandera : trois derniers bilans, bail et avenants, chronologie des loyers, contrats en cours (personnel, franchise, maintenance), conformités (accessibilité, hygiène, licences), et un état des lieux à jour du local.
La procédure de vente étape par étape
Depuis la loi de simplification du 19 juillet 2019, les mentions obligatoires de l'ancien article L. 141-1 du Code de commerce (chiffres d'affaires des trois derniers exercices, etc.) ont été supprimées : l'acte de cession obéit au droit commun de la vente, mais l'information de l'acquéreur reste essentielle pour éviter une action en garantie. Le déroulé type :
- Négociation et promesse (ou compromis) : accord sur le prix, les conditions suspensives (financement, agrément, licences) — notre modèle de compromis de vente de fonds de commerce détaille les clauses indispensables ;
- Information des salariés purgée (2 mois ou renonciation unanime) ;
- Acte de cession (sous seing privé ou notarié) et enregistrement au service des impôts dans le mois ;
- Publicité : au BODACC dans les 15 jours (par le greffe), qui ouvre le délai d'opposition des créanciers de 10 jours ;
- Séquestre du prix : le prix est bloqué chez un séquestre (avocat, notaire) pendant la période d'opposition et jusqu'à la purge de la solidarité fiscale — en pratique 3 à 5 mois ;
- Entrée en jouissance du repreneur, transfert des contrats de travail de plein droit (article L. 1224-1 du Code du travail).
La solidarité fiscale mérite attention : l'acquéreur est solidairement responsable des impôts du cédant pendant 90 jours après la déclaration de résultat — délai ramené à 30 jours si le cédant est à jour de ses obligations déclaratives et a déposé sa déclaration de résultats dans les 60 jours de la publication. C'est ce qui détermine la durée réelle du séquestre.
Fiscalité de la vente : plus-values et exonérations
La plus-value (prix de cession − valeur d'origine des éléments cédés) relève du régime des plus-values professionnelles. Trois dispositifs d'exonération couvrent la grande majorité des ventes de fonds :
| Dispositif | Condition principale | Exonération |
|---|---|---|
| Art. 238 quindecies | Activité ≥ 5 ans, transmission d'une branche complète, pas de lien avec le repreneur | Totale si éléments transmis ≤ 500 000 € ; dégressive jusqu'à 1 000 000 € |
| Art. 151 septies | Activité ≥ 5 ans, recettes < 250 000 € (vente) ou < 90 000 € (services) | Totale ; partielle jusqu'à 350 000 € / 126 000 € |
| Art. 151 septies A | Départ à la retraite dans les 2 ans, activité ≥ 5 ans | Totale sur l'IR (prélèvements sociaux dus) |
Pour l'exonération 238 quindecies, le taux dégressif entre 500 000 € et 1 000 000 € se calcule ainsi : (1 000 000 € − valeur transmise) / 500 000 €. Exemple : fonds vendu 700 000 € → 60 % de la plus-value exonérée. L'immobilier est exclu de l'appréciation des seuils.
Côté acquéreur, les droits d'enregistrement suivent le barème de l'article 719 du CGI : 0 % jusqu'à 23 000 €, 3 % de 23 000 à 200 000 €, 5 % au-delà. Ces montants sont à budgéter en plus du prix et des honoraires.
Les 5 erreurs qui font échouer (ou décoter) une vente
- Vendre au barème sans regarder la rentabilité : si l'EBE retraité ne permet pas à l'acquéreur de rembourser son emprunt en 7 ans, la banque refusera — et votre prix « barème » ne sera jamais payé.
- Négliger le bail : durée restante courte, destination étroite, loyer sur le point d'être déplafonné, garantie solidaire mal négociée… Le bail est le premier document que lit un repreneur sérieux.
- Oublier l'information des salariés : découverte au moment de l'acte, elle impose 2 mois de délai supplémentaire ou une renonciation unanime parfois difficile à obtenir.
- Laisser la clientèle attachée à votre personne : sans période d'accompagnement prévue à l'acte (souvent 2 semaines à 3 mois) et sans clause de non-concurrence proportionnée, l'acquéreur décote fortement.
- Sous-estimer le calendrier : entre le compromis et la libération du prix séquestré, comptez 4 à 6 mois. Anticipez vos besoins de trésorerie.
Si vous détenez aussi les murs, la question de l'arbitrage se pose : vendre les murs occupés à un investisseur (voir notre guide de la vente de murs commerciaux occupés), les conserver pour un revenu locatif, ou vendre l'ensemble à un même repreneur.
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FAQ
- Combien de temps prend la vente d'un fonds de commerce ?
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De la mise en vente à la libération du prix : 6 à 12 mois en moyenne. La phase compromis → acte prend 2 à 3 mois (information des salariés, conditions suspensives), puis le prix reste séquestré 3 à 5 mois (opposition des créanciers 10 jours + solidarité fiscale 30 ou 90 jours).
- Quel pourcentage du chiffre d'affaires pour estimer un fonds ?
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Les barèmes usuels vont de 40 à 110 % du CA TTC annuel selon l'activité (restaurant 50-100 %, boulangerie 60-110 %, coiffure 50-90 %). Mais le prix finançable dépend surtout de l'EBE retraité multiplié par 2 à 5 : c'est ce que regarde la banque de l'acquéreur.
- Peut-on vendre son fonds de commerce sans l'accord du bailleur ?
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Oui : le bailleur ne peut pas interdire la cession du bail comprise dans la vente du fonds (article L. 145-16 du Code de commerce). Il peut en revanche imposer des modalités prévues au bail : être appelé à l'acte, garantie solidaire du cédant (limitée à 3 ans depuis la loi Pinel).
- Quelle exonération de plus-value en cas de vente d'un fonds ?
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Trois régimes principaux : article 238 quindecies (exonération totale jusqu'à 500 000 € d'éléments transmis, dégressive jusqu'à 1 000 000 €, activité exercée 5 ans minimum), article 151 septies (petites entreprises selon recettes) et article 151 septies A (départ à la retraite). Ils peuvent parfois se cumuler — faites valider le montage par votre expert-comptable avant de signer.
- Pourquoi le prix de vente est-il séquestré ?
-
Pour protéger l'acquéreur : le prix est bloqué chez un séquestre pendant le délai d'opposition des créanciers (10 jours après publication au BODACC) puis jusqu'à la purge de la solidarité fiscale (30 à 90 jours après la déclaration de résultats du cédant). Le vendeur touche son prix après purge, en pratique 3 à 5 mois après l'acte.