Dissolution d'une SCI : procédure, coût et sort du bien (2026)
Dissoudre une SCI ne se résume pas aux formalités : la vraie question est le sort du bien immobilier — le vendre avant, ou l'attribuer aux associés ? Procédure en 5 étapes, coûts réels, fiscalité complète et exemple chiffré.
Dissolution d'une SCI : définition et causes (art. 1844-7 C. civ.)
La dissolution d'une SCI est la décision qui met fin à la société civile immobilière : elle ouvre une période de liquidation (vente ou attribution des actifs, paiement des dettes) qui s'achève par le partage entre associés et la radiation au registre du commerce et des sociétés. Dissoudre n'est donc pas fermer du jour au lendemain : la SCI survit « pour les besoins de sa liquidation » jusqu'à la clôture.
Les causes de dissolution sont listées à l'article 1844-7 du Code civil :
- l'arrivée du terme (99 ans maximum, souvent oubliée puis prorogée in extremis) ;
- la réalisation ou l'extinction de l'objet social — typiquement, la vente de l'unique bien immobilier de la SCI : une SCI qui n'a plus rien à gérer n'a plus d'objet ;
- la dissolution anticipée décidée par les associés — le cas le plus fréquent, votée en assemblée générale extraordinaire aux conditions de majorité des statuts (unanimité par défaut dans les sociétés civiles, art. 1852 C. civ.) ;
- la dissolution judiciaire pour justes motifs (art. 1844-7, 5°) : mésentente grave entre associés paralysant la société ;
- la réunion de toutes les parts en une seule main non régularisée dans l'année (art. 1844-5) ;
- l'annulation du contrat de société, la liquidation judiciaire, ou toute cause prévue par les statuts.
À noter pour les SCI familiales : le décès d'un associé n'entraîne pas la dissolution (les parts passent aux héritiers, sauf clause contraire), contrairement à une idée répandue. Nous détaillons ces cas en fin d'article.
Dissoudre une SCI : la procédure en 5 étapes
La procédure pour dissoudre une SCI est balisée — comptez 2 à 6 mois du vote à la radiation :
- Assemblée générale de dissolution : les associés votent la dissolution anticipée (majorité statutaire, unanimité à défaut de clause), nomment un liquidateur (souvent le gérant) et fixent ses pouvoirs. Le procès-verbal est enregistré au service des impôts (enregistrement gratuit depuis 2019 pour les actes de dissolution sans transmission).
- Publication d'une annonce légale de dissolution dans un support habilité du département du siège, puis déclaration sur le guichet unique (INPI) dans le mois : la mention « SCI en liquidation » apparaît au RCS, et le liquidateur remplace le gérant.
- Opérations de liquidation : le liquidateur réalise l'actif (vente du ou des biens, recouvrement des loyers dus) et apure le passif (remboursement du crédit, comptes courants d'associés, dettes fiscales). C'est ici que se joue le sort du bien immobilier — section suivante.
- Clôture de la liquidation : le liquidateur convoque les associés pour approuver les comptes définitifs, constater le boni ou mali de liquidation et donner quitus. Le PV de clôture est enregistré (droit de partage de 2,5 % si boni partagé entre associés). Seconde annonce légale (clôture).
- Radiation : dépôt du dossier de radiation sur le guichet unique avec les comptes de liquidation. La SCI disparaît juridiquement à la radiation du RCS.
Si le bien est attribué à un ou plusieurs associés au lieu d'être vendu, l'acte de partage portant sur un immeuble doit obligatoirement passer devant notaire (publicité foncière) — un coût et un délai supplémentaires à anticiper.
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Combien ça coûte : le tableau des frais réels (et le mythe du « gratuit »)
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| Poste | Montant indicatif 2026 | Obligatoire ? |
|---|---|---|
| Annonce légale de dissolution (forfait) | ≈ 150-160 € | Oui |
| Annonce légale de clôture (forfait) | ≈ 110-120 € | Oui |
| Formalités greffe (dissolution + radiation) | ≈ 200 € au total | Oui |
| Droit de partage sur le boni (art. 746 CGI) | 2,5 % de l'actif net partagé | Si boni partagé (plusieurs associés) |
| Acte notarié d'attribution du bien | émoluments + publicité foncière (≈ 1-2 % de la valeur) | Si attribution d'un immeuble |
| Accompagnement (expert-comptable, avocat, legaltech) | 0 à 1 500 € | Non |
Total incompressible pour une dissolution-liquidation simple : de l'ordre de 450 à 600 € de frais fixes, hors droit de partage et hors notaire. Le poste qui change tout est le droit de partage de 2,5 % : sur un actif net de 300 000 €, il pèse 7 500 € — d'où l'intérêt de bien choisir entre vente et attribution.
Que devient le bien immobilier ? Vendre avant, ou attribuer aux associés
C'est LA question que les guides de formalités éludent, alors qu'elle conditionne toute la stratégie. Deux voies :
Option A — Vendre le bien avant de dissoudre
La SCI vend l'immeuble à un tiers, encaisse le prix, rembourse ses dettes, puis les associés dissolvent une société qui ne contient plus que des liquidités. Avantages : un partage en argent, simple et sans notaire ; un prix de marché objectif ; la possibilité pour chaque associé de partir de son côté. Inconvénients : la plus-value immobilière est immédiatement imposée (voir section fiscalité), et le droit de partage de 2,5 % s'applique tout de même sur le boni en numéraire partagé. Première étape incontournable : estimer le bien avant partage pour éviter les contestations entre associés — notamment dans les SCI familiales.
Option B — Attribuer le bien à un ou plusieurs associés
Le partage attribue l'immeuble en nature : à un associé (à charge de soulte pour les autres), ou à plusieurs en indivision. Avantages : celui qui veut garder la maison la garde ; pas de frais d'agence ni d'aléa de vente. Inconvénients : acte notarié obligatoire (publicité foncière), droit de partage de 2,5 % calculé sur la valeur du bien, et attention — l'attribution est un fait générateur de plus-value immobilière exactement comme une vente (la SCI « cède » le bien à l'associé pour sa valeur réelle). L'associé attributaire repart avec un bien dont le prix de revient fiscal est réactualisé.
Une théorie de la « reprise d'apport » permet dans certains cas d'attribuer à l'associé le bien même qu'il avait apporté, sans droit de partage (simple droit fixe) — un point à faire valider par le notaire, car ses conditions sont strictes. Si l'attribution crée une indivision entre ex-associés, les règles classiques de la vente en indivision prennent le relais — avec l'unanimité qu'on connaît.
La fiscalité : plus-value immobilière, boni de liquidation, droit de partage 2,5 %
Trois impositions distinctes peuvent se cumuler lors d'une dissolution de SCI (à l'IR, cas de l'immense majorité des SCI familiales) :
1. La plus-value immobilière (art. 150 U et s. CGI)
Que le bien soit vendu à un tiers ou attribué à un associé, la SCI à l'IR relève du régime des plus-values immobilières des particuliers : 19 % d'IR + 17,2 % de prélèvements sociaux, après abattements pour durée de détention (exonération d'IR à 22 ans, de prélèvements sociaux à 30 ans). Chaque associé est imposé à hauteur de sa quote-part. Cas favorable : si le bien est la résidence principale de l'associé occupant (mise gratuitement à sa disposition par la SCI), sa quote-part de plus-value peut être exonérée. Le détail des cas d'exonération est dans notre guide des exonérations de plus-value.
2. Le boni de liquidation
Le boni est ce que les associés récupèrent au-delà de leurs apports (capital + comptes courants). Fiscalement, il est traité comme un revenu distribué (BOFiP BOI-RPPM-RCM-10-20-40) : pour un associé personne physique, PFU de 30 % (12,8 % IR + 17,2 % PS) ou option pour le barème avec abattement de 40 %. Point souvent raté : dans une SCI à l'IR, les bénéfices déjà imposés chaque année entre les mains des associés (translucidité fiscale) ne sont pas réimposés — le boni taxable est en pratique bien plus étroit que dans une société à l'IS.
3. Le droit de partage (art. 746 CGI)
Le partage de l'actif net entre associés supporte un droit d'enregistrement de 2,5 % (le taux réduit de 1,1 % ne concerne que les partages consécutifs à un divorce ou une rupture de PACS — pas les SCI). Assiette : l'actif net partagé, en nature ou en numéraire. C'est le vrai coût caché de la dissolution — et la raison pour laquelle la cession de parts est parfois préférable (voir alternatives).
Exemple chiffré : dissoudre une SCI familiale avec une maison de 300 000 €
Une SCI familiale à l'IR, deux associés 50/50 (frère et sœur), détient une maison achetée 180 000 € il y a 15 ans, valant 300 000 € aujourd'hui. Aucune dette. Capital social : 1 000 €.
- Plus-value brute : 300 000 − 180 000 (majoré des frais d'acquisition forfaitaires 7,5 % et, le cas échéant, du forfait travaux 15 % : prix de revient ≈ 220 500 €) ≈ 79 500 € ;
- Abattements 15 ans de détention : 60 % sur l'IR (reste 31 800 € taxés à 19 % ≈ 6 042 €), 16,5 % sur les PS (reste 66 383 € taxés à 17,2 % ≈ 11 418 €) — soit ≈ 17 460 € d'impôt de plus-value, répartis entre les deux associés ;
- Frais fixes de dissolution-liquidation : annonces + greffe ≈ 500 € ;
- Droit de partage : actif net partagé ≈ 282 000 € (après impôts et frais) × 2,5 % ≈ 7 050 € ;
- Net par associé : ≈ 137 000 € chacun.
Variante attribution : si la sœur reprend la maison avec soulte de 150 000 € versée au frère, s'ajoutent les émoluments notariés et la publicité foncière (≈ 3 000-4 500 €), mais elle évite les frais et délais d'une vente sur le marché. La comparaison vente/attribution mérite d'être posée noir sur blanc avec le notaire avant le vote de dissolution — pas après.
Alternatives à la dissolution : céder ses parts, mise en sommeil
Dissoudre n'est pas toujours la bonne réponse. Deux alternatives à examiner :
La cession de parts sociales
Si un associé veut sortir (ou si un tiers/un autre membre de la famille veut entrer), la cession de parts évite toute la mécanique de liquidation : la SCI continue, le bien ne bouge pas, pas de droit de partage. Coûts : droit d'enregistrement de 5 % sur les cessions de parts de sociétés à prépondérance immobilière, plus la plus-value sur parts du cédant (régime des particuliers). C'est souvent la voie la moins chère quand la SCI a vocation à continuer — notamment dans le cadre familial, où la cession peut se combiner avec une donation-partage pour transmettre aux enfants à moindre coût fiscal.
La mise en sommeil
Une SCI sans activité peut être mise en sommeil (cessation temporaire d'activité déclarée au RCS, deux ans maximum en principe). Intérêt : garder la structure pour un projet futur sans frais de dissolution. Limites : les obligations comptables et déclaratives demeurent, la CFE peut redevenir exigible, et au-delà du délai le greffe peut engager une radiation d'office. Pour une SCI dont l'objet est éteint (bien vendu, aucun projet), la mise en sommeil ne fait que repousser une dissolution inévitable — en payant des frais de gestion chaque année.
Enfin, rappelons l'évidence souvent oubliée : si le problème est la gestion et non la structure, la refonte des statuts ou le changement de gérant se votent sans rien dissoudre. Notre guide de la SCI familiale (création et gestion) détaille ces leviers.
Cas particuliers : mésentente entre associés, décès, SCI sans activité
Mésentente entre associés : quand le dialogue est rompu (typiquement une fratrie en conflit sur la maison familiale), tout associé peut demander au tribunal la dissolution judiciaire pour justes motifs (art. 1844-7, 5° C. civ.). Le juge exige une mésentente qui paralyse le fonctionnement de la société — un simple désaccord ne suffit pas, et le demandeur ne doit pas être à l'origine de la paralysie. La procédure prend des années : la cession de parts amiable, même à prix décoté, est presque toujours plus rationnelle.
Décès d'un associé : la SCI continue avec les héritiers (art. 1870 C. civ.), sauf clause d'agrément ou de continuation dans les statuts. Le décès du gérant ne dissout pas non plus la société : les associés nomment un nouveau gérant ; à défaut, tout intéressé peut demander au tribunal la désignation d'un mandataire. Si les héritiers ne veulent pas rester associés, on retombe sur cession de parts ou dissolution amiable.
SCI sans activité ni bien : une SCI « coquille vide » qui ne détient plus rien doit être dissoute proprement — la laisser mourir sans formalités expose le gérant aux relances fiscales (déclarations 2072 non déposées), à la CFE et, in fine, à une radiation d'office qui ne purge pas les obligations passées. La dissolution amiable d'une coquille vide est le cas le plus simple et le moins cher : pas de plus-value, pas de partage significatif, environ 500 € de frais et deux mois de procédure.
Dans tous les cas, le point de départ est le même : faire estimer le bien et poser le bilan fiscal des deux options (vente vs attribution) avant de voter quoi que ce soit en AG.
FAQ
- Quel est le coût de la dissolution d'une SCI ?
-
Les frais fixes incompressibles s'élèvent à environ 450 à 600 € : deux annonces légales (dissolution ≈ 150 €, clôture ≈ 110 €) et les formalités de greffe (≈ 200 €). S'y ajoutent le droit de partage de 2,5 % sur l'actif net partagé entre associés (art. 746 CGI), l'éventuel acte notarié si un immeuble est attribué (émoluments + publicité foncière) et, le cas échéant, l'imposition de la plus-value immobilière.
- Est-il possible de dissoudre une SCI gratuitement ?
-
Non. Les offres « gratuites » des plateformes ne couvrent que leurs honoraires de rédaction, jamais les frais légaux : annonces légales et greffe (≈ 450-600 €) restent dus dans tous les cas, ainsi que le droit de partage de 2,5 % s'il y a un boni à partager entre plusieurs associés. On peut en revanche réduire la facture en accomplissant soi-même les formalités sur le guichet unique de l'INPI.
- Quelles sont les conséquences fiscales de la dissolution d'une SCI ?
-
Trois impositions peuvent se cumuler pour une SCI à l'IR : la plus-value immobilière (19 % + 17,2 % après abattements de détention) si le bien est vendu ou attribué, l'imposition du boni de liquidation comme revenu distribué (PFU 30 % sur la fraction excédant les apports), et le droit de partage de 2,5 % sur l'actif net partagé. Le taux réduit de 1,1 % ne s'applique pas aux SCI — il est réservé aux partages de divorce ou de rupture de PACS.
- Que se passe-t-il avec le bien immobilier après la dissolution d'une SCI ?
-
Deux options : soit la SCI vend le bien pendant la liquidation et les associés se partagent le prix (partage en numéraire, droit de partage 2,5 %), soit le bien est attribué en nature à un ou plusieurs associés par acte notarié — avec soulte pour compenser les autres le cas échéant. L'attribution déclenche la plus-value immobilière comme une vente et crée, si plusieurs attributaires, une indivision classique entre ex-associés.