La SHON en 30 secondes… et pourquoi elle n'existe plus

La SHON (surface hors œuvre nette) était la surface de référence du droit de l'urbanisme français : c'est elle qui déterminait si un projet nécessitait un permis de construire, et c'est sur elle que s'appliquaient les COS (coefficients d'occupation des sols) des POS et PLU. Elle se calculait à partir de la SHOB (surface hors œuvre brute), mesurée au nu extérieur des murs, dont on déduisait certaines surfaces non aménageables.

Point essentiel que la plupart des pages encore en ligne n'ont jamais mis à jour : la SHON n'existe plus depuis le 1er mars 2012. L'ordonnance n° 2011-1539 du 16 novembre 2011 et le décret n° 2011-2054 du 29 décembre 2011 ont remplacé la SHOB et la SHON par une notion unique, la surface de plancher (la notion actuelle), mesurée au nu intérieur des façades. Objectif de la réforme : simplifier (une seule surface au lieu de deux) et ne plus pénaliser l'isolation des murs, dont l'épaisseur gonflait artificiellement la SHON.

Si vous cherchez « SHON » en 2026, c'est probablement que vous avez sous les yeux un permis de construire ancien, un acte notarié ou un règlement de lotissement qui l'utilise encore. Cet article vous explique ce que valait cette surface, où on la croise toujours, et surtout comment la convertir proprement en surface de plancher.

SHOB et SHON : les définitions historiques

Jusqu'au 29 février 2012, l'ancien article R.112-2 du code de l'urbanisme définissait le couple SHOB/SHON :

La SHOB (surface hors œuvre brute)

La SHOB était la somme des surfaces de plancher de chaque niveau de la construction, mesurée à l'extérieur des murs (« hors œuvre »), y compris les combles et sous-sols, aménageables ou non, les balcons, loggias et toitures-terrasses accessibles.

La SHON (surface hors œuvre nette)

La SHON s'obtenait en retranchant de la SHOB les surfaces considérées comme non habitables :

  • les combles et sous-sols non aménageables (hauteur sous plafond inférieure à 1,80 m, planchers ne supportant pas de charges) ;
  • les toitures-terrasses, balcons, loggias et surfaces non closes du rez-de-chaussée ;
  • les surfaces de stationnement des véhicules ;
  • les surfaces des bâtiments agricoles et des serres de production ;
  • une déduction forfaitaire de 5 % des surfaces hors œuvre affectées à l'habitation, au titre de l'isolation ;
  • le cas échéant, une déduction pour la réfection d'immeubles insalubres.

En pratique, la SHON représentait environ 80 à 90 % de la SHOB pour une maison classique. C'était une surface « administrative » : elle ne correspondait ni à la surface habitable de la loi Boutin, ni à la surface privative de la loi Carrez, toutes deux mesurées à l'intérieur des pièces.

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Où vous croisez encore la SHON en 2026

Quatorze ans après son abrogation, la SHON survit dans une quantité surprenante de documents juridiquement vivants :

  • Les permis de construire délivrés avant mars 2012 : la surface autorisée y est exprimée en SHON. Si vous vendez ou achetez un bien construit avant 2012, la conformité de la construction s'apprécie par rapport à ce permis — donc en SHON.
  • Les cahiers des charges et règlements de lotissement : beaucoup plafonnent la constructibilité par lot « en m² de SHON ». Ces clauses contractuelles continuent de s'appliquer entre colotis tant qu'elles n'ont pas été modifiées.
  • Les actes notariés et attestations anciennes : ventes en l'état futur d'achèvement des années 2000, états descriptifs de division, servitudes de densité.
  • Les POS et PLU anciens : les documents non refondus expriment parfois leurs règles de densité en SHON — un cas fréquent dans les communes dont le POS est devenu caduc, où l'historique reste utile pour comprendre les droits acquis.
  • Les taxes et participations historiques : les avis de taxe locale d'équipement (remplacée par la taxe d'aménagement en 2012) étaient assis sur la SHON.

Un exemple concret rencontré chaque semaine en transaction : une annonce ou un acte de 2009 vante « maison de 170 m² SHON ». L'acheteur qui compare ce chiffre aux 140 m² habitables mesurés lors de la visite croit à une erreur, voire à une tromperie — alors que les deux surfaces sont exactes, simplement mesurées selon des référentiels différents. À l'inverse, un vendeur qui reprend la SHON de son permis dans son annonce s'expose à un litige sur la surface réelle : en copropriété, seule la surface Carrez fait foi ; en maison, la surface habitable est l'usage.

Dans tous ces cas, le réflexe est le même : ne pas comparer des choux et des carottes. Une SHON de 2008 ne se compare pas directement à une surface de plancher de 2026 — il faut convertir.

Convertir la SHON en surface de plancher : méthode et coefficient

Il n'existe pas de coefficient officiel unique de conversion SHON → surface de plancher : les deux notions ne déduisent pas les mêmes surfaces. La circulaire du 3 février 2012, qui accompagnait la réforme, a toutefois posé le principe d'équivalence pour les documents anciens et permis de comparer les deux régimes. Voici la méthode fiable :

1. La méthode exacte (recommandée)

Repartir des plans et recalculer la surface de plancher selon l'article R.111-22 du code de l'urbanisme : somme des surfaces closes et couvertes de plus de 1,80 m de hauteur, mesurée au nu intérieur des façades, déduction faite des trémies, des stationnements, des combles non aménageables et, pour les immeubles collectifs, des locaux techniques et d'une part des circulations. C'est la seule méthode opposable pour un nouveau dossier d'autorisation.

2. L'ordre de grandeur (pour dégrossir)

À défaut de plans, on retient qu'en logement individuel la surface de plancher est généralement inférieure de 5 à 12 % à la SHON : la mesure au nu intérieur fait « perdre » l'épaisseur des murs extérieurs (environ 8-10 % de la surface), tandis que la disparition de la déduction forfaitaire de 5 % isolation joue en sens inverse. D'où le coefficient usuel de 0,88 à 0,95 appliqué par les instructeurs pour dégrossir un dossier (SDP ≈ SHON × 0,9 en première approche).

Exemple : un règlement de lotissement autorise 180 m² de SHON par lot. Votre maison existante développe 150 m² de surface de plancher. Droits résiduels approximatifs : 180 × 0,9 − 150 ≈ 12 m² de surface de plancher — de quoi envisager une petite extension, à confirmer par un calcul exact sur plans avant tout dépôt. Pour mesurer correctement l'existant, voir notre guide calculer une surface.

Attention : ce qui déclenche permis ou déclaration préalable en 2026 se mesure aussi en emprise au sol — une notion distincte, créée par la même réforme de 2012, qui piège beaucoup de porteurs de projet.

SHON, surface de plancher, habitable, Carrez : le tableau

Le tableau que tout le monde cherche et que presque personne ne publie — les cinq surfaces qui cohabitent dans un dossier immobilier :

SurfaceMesureUsageStatut 2026
SHOBNu extérieur des murs, tous niveauxBase de calcul de la SHONAbrogée (01/03/2012)
SHONSHOB − combles/sous-sols non aménageables, terrasses, parkings, forfait 5 %Permis et COS avant 2012Abrogée (01/03/2012)
Surface de plancherNu intérieur des façades, h > 1,80 mAutorisations d'urbanisme actuellesEn vigueur (R.111-22 c. urb.)
Surface habitable (Boutin)Intérieur des pièces de vie, h > 1,80 m, hors caves/garages/combles brutsLocation (bail d'habitation)En vigueur (R.156-1 CCH)
Surface CarrezSurface privative close et couverte, h > 1,80 mVente de lots de copropriétéEn vigueur (loi du 18/12/1996)

Ordre de grandeur pour une même maison de 100 m² habitables : Carrez ≈ 100-105 m², surface de plancher ≈ 105-115 m², SHON ≈ 115-125 m², SHOB ≈ 140-160 m². D'où l'importance de toujours vérifier quelle surface figure dans le document que vous lisez.

Étendre ou régulariser un bien autorisé « en SHON » : les réflexes

Cas pratique fréquent en transaction : vous vendez (ou achetez) une maison dont le permis de 2005 autorisait 160 m² de SHON, et une véranda ou des combles ont été aménagés depuis. Les bons réflexes :

  1. Retrouver le permis d'origine et ses plans (mairie, service urbanisme) : c'est la référence de conformité. La surface autorisée y est en SHON.
  2. Recalculer l'existant en surface de plancher selon les règles actuelles, puis convertir la SHON autorisée (méthode ci-dessus) pour vérifier si les aménagements postérieurs sont restés dans l'épure ou constituent des travaux non déclarés.
  3. Pour une extension : le dossier se dépose intégralement en surface de plancher et en emprise au sol — la SHON du permis d'origine ne sert qu'à documenter l'existant. Les règles applicables sont celles du PLU actuel (ou du RNU si la commune n'a plus de document, cas des ex-POS).
  4. Pour une régularisation : un permis modificatif ou une nouvelle demande portant sur l'ensemble peut être nécessaire ; le délai de prescription administrative de dix ans (art. L.421-9 c. urb.) ne couvre pas tout, notamment en cas de travaux sans aucun permis.
  5. Avant de signer : demandez un certificat d'urbanisme d'information et, en cas de doute sur la conformité, faites chiffrer le risque — une non-conformité se négocie ou se régularise, mais jamais après la signature.

La SHON est morte en 2012, mais elle continue de faire vendre — ou de bloquer des ventes. La maîtriser, c'est sécuriser tous les biens construits avant 2012, soit l'écrasante majorité du parc français.