Établissement recevant du public (ERP) : le guide 2026
Catégories 1 à 5, types J à Y, sécurité incendie, accessibilité… et les deux questions que personne ne traite : qui paie la mise en conformité dans un bail commercial, et comment transformer un local en ERP sans se faire piéger par les délais.
Qu'est-ce qu'un établissement recevant du public ? La réponse rapide
Qu'est-ce qu'un ERP ?
Un établissement recevant du public (ERP) est tout bâtiment, local ou enceinte dans lequel des personnes extérieures sont admises, librement ou contre paiement (article R.143-2 du code de la construction et de l'habitation). Commerce, restaurant, cabinet médical, hôtel, école : tous sont des ERP. Ils sont classés par type d'activité (lettres J à Y) et par catégorie de 1 à 5 selon l'effectif accueilli — la 5e catégorie regroupant les petits établissements, soit l'immense majorité des commerces. Deux blocs d'obligations en découlent : la sécurité incendie et l'accessibilité aux personnes handicapées. En bail commercial, la répartition du coût de mise en conformité entre propriétaire et locataire doit être écrite noir sur blanc — à défaut, les gros travaux restent à la charge du bailleur.
La plupart des guides sur les ERP s'adressent à l'exploitant et empilent les normes de sécurité. Ce guide prend l'angle qui manque : celui du propriétaire, du bailleur et de l'acheteur d'un local ERP. Qui paie la mise aux normes dans un bail commercial ? Quelles autorisations pour transformer un local en ERP, et dans quels délais ? Que vérifier avant d'acheter un local commercial déjà exploité en ERP ? Réponses complètes, textes à l'appui.
Établissement recevant du public : la définition officielle
L'article R.143-2 du code de la construction et de l'habitation donne la définition officielle : constituent des ERP « tous bâtiments, locaux et enceintes dans lesquels des personnes sont admises, soit librement, soit moyennant une rétribution ou une participation quelconque, ou dans lesquels sont tenues des réunions ouvertes à tout venant ou sur invitation, payantes ou non ». Le critère décisif est simple : des personnes extérieures à l'établissement y entrent.
Sont donc des ERP :
- les commerces de toute taille, de la boutique de quartier à l'hypermarché ;
- les restaurants, bars et hôtels ;
- les cabinets médicaux et paramédicaux, pharmacies, laboratoires ;
- les banques, agences immobilières et bureaux recevant de la clientèle ;
- les écoles, salles de spectacle, lieux de culte, musées, équipements sportifs.
Ne sont pas des ERP : les bâtiments d'habitation, les locaux réservés au personnel (bureaux sans accueil de clientèle, entrepôts fermés au public) et les locaux à usage strictement professionnel. Point de vigilance pour un investisseur : c'est l'usage réel qui commande. Un plateau de bureaux devient un ERP dès que le locataire y reçoit de la clientèle — profession libérale, organisme de formation, showroom. Le classement de l'immeuble peut donc changer au gré des locataires, et les obligations avec lui.
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Classification ERP : types (J à Y) et catégories 1 à 5
Chaque ERP reçoit un double classement, qui détermine l'étendue de ses obligations.
Le type : la nature de l'activité (lettres)
Les principaux types d'ERP « bâtiments » : J (accueil de personnes âgées ou handicapées), L (salles de spectacle, de réunion), M (magasins, centres commerciaux), N (restaurants, débits de boissons), O (hôtels, pensions), P (dancings, salles de jeux), R (enseignement, crèches), S (bibliothèques), T (expositions), U (établissements de santé), V (lieux de culte), W (administrations, banques, bureaux recevant du public), X (équipements sportifs couverts), Y (musées). S'y ajoutent des types spéciaux (PA plein air, CTS chapiteaux et tentes, etc.).
La catégorie : l'effectif accueilli
| Catégorie | Effectif | Groupe |
|---|---|---|
| 1re catégorie | Plus de 1 500 personnes | 1er groupe |
| 2e catégorie | 701 à 1 500 personnes | 1er groupe |
| 3e catégorie | 301 à 700 personnes | 1er groupe |
| 4e catégorie | 300 personnes et moins (hors 5e) | 1er groupe |
| 5e catégorie | Effectif du public inférieur aux seuils fixés par type (ex. 200 pour un magasin, 100 pour un hôtel) | 2e groupe |
L'ERP de 5e catégorie est le cas de la grande majorité des lecteurs : la boutique, le petit restaurant, le cabinet en rez-de-chaussée. Ses obligations sont allégées (pas de visite périodique obligatoire de la commission de sécurité s'il n'y a pas de locaux à sommeil), mais elles existent : registre de sécurité, moyens d'extinction, alarme, affichage des consignes et accessibilité restent exigibles. L'effectif se calcule selon des règles propres à chaque type (surface de vente, nombre de places assises, déclaration de l'exploitant…).
Les obligations : sécurité incendie, registre et accessibilité
Deux corpus d'obligations pèsent sur tout ERP, dès sa conception et pendant toute son exploitation.
Sécurité incendie
Les ERP doivent être conçus et exploités de manière à permettre l'évacuation rapide des occupants : dégagements et sorties dimensionnés, matériaux réglementés, désenfumage, éclairage de sécurité, alarme et moyens d'extinction adaptés. Chaque établissement tient un registre de sécurité à jour (vérifications périodiques des installations électriques, extincteurs, formations du personnel, travaux réalisés). Les ERP du 1er groupe (catégories 1 à 4) sont soumis aux visites périodiques de la commission de sécurité, dont la fréquence dépend du type et de la catégorie ; la 5e catégorie sans locaux à sommeil en est dispensée, mais le maire peut toujours faire procéder à un contrôle.
Accessibilité aux personnes handicapées
Depuis la loi handicap de 2005, tout ERP doit être accessible à tous, quel que soit le handicap. Le dispositif transitoire des Ad'AP (agendas d'accessibilité programmée) est clos depuis 2019 : l'obligation est désormais directe et immédiate. Concrètement : entrée accessible, largeurs de passage, sanitaires adaptés le cas échéant, banque d'accueil à hauteur réglementaire. Chaque ERP doit tenir à disposition du public un registre public d'accessibilité décrivant les prestations proposées et le niveau d'accessibilité. Des dérogations restent possibles (impossibilité technique, bâtiment classé, disproportion manifeste entre coût et bénéfice), sur demande motivée en préfecture.
Pour un propriétaire bailleur, ces obligations ont une conséquence directe : un local non conforme est un local plus difficile à louer et à vendre, et sa valeur locative et vénale s'en ressent. Le coût de mise en conformité doit être intégré à toute négociation.
Bail commercial et ERP : qui paie la mise en conformité ?
C'est la question qui fâche — et celle que les guides « normes ERP » n'abordent jamais. Lorsqu'un local ERP est loué en bail commercial, qui du bailleur ou du locataire finance les travaux de mise en conformité sécurité et accessibilité ?
Le cadre légal est posé par le code civil et la loi Pinel de 2014 :
- Les grosses réparations de l'article 606 du code civil (gros murs, voûtes, couvertures entières…) sont à la charge du bailleur. Depuis la loi Pinel, pour les baux conclus ou renouvelés depuis novembre 2014, l'article R.145-35 du code de commerce interdit de transférer au locataire ces grosses réparations ainsi que les travaux de mise en conformité qui en relèvent ;
- Les travaux d'entretien courant et les aménagements intérieurs liés à l'exploitation (agencement, signalétique, équipements propres à l'activité) peuvent être mis à la charge du locataire par une clause expresse ;
- En l'absence de clause claire, la jurisprudence retient que les travaux prescrits par l'administration incombent au bailleur, tenu de délivrer un local conforme à sa destination contractuelle.
En pratique, trois réflexes :
- Côté bailleur : faire figurer dans le bail une clause précise sur la répartition des travaux de mise en conformité, en respectant la limite de l'article R.145-35 — une clause trop large sera réputée non écrite ;
- Côté locataire : avant de signer, exiger le dernier procès-verbal de la commission de sécurité et l'état des lieux d'accessibilité — reprendre un local frappé d'un avis défavorable, c'est hériter du problème ;
- Dans tous les cas : l'inventaire précis des charges et travaux annexé au bail est obligatoire depuis la loi Pinel. Notre guide charges, travaux et taxe foncière en bail commercial détaille la répartition poste par poste, et notre modèle de bail commercial intègre ces clauses.
Acheter ou transformer un local en ERP : autorisations et délais
Deuxième angle immobilier : vous achetez un local pour y ouvrir un commerce, ou vous voulez transformer un local existant (bureau, entrepôt, habitation) en ERP. Le parcours administratif comporte trois vérifications.
1. Le changement de destination
Si le local n'était pas déjà à destination commerciale, la transformation constitue un changement de destination au sens du code de l'urbanisme : déclaration préalable au minimum, permis de construire si les travaux modifient la façade ou les structures porteuses. Vérifiez aussi que le PLU autorise l'activité dans la zone, et en copropriété, que le règlement ne l'interdit pas.
2. L'autorisation de travaux ERP
Tous travaux de création, d'aménagement ou de modification d'un ERP exigent une autorisation au titre du code de la construction et de l'habitation (dossier cerfa n° 13824, dit « AT-ERP »), qui vérifie le respect des règles de sécurité et d'accessibilité. La mairie consulte la commission de sécurité et la commission d'accessibilité. Si le projet requiert aussi un permis de construire, celui-ci vaut autorisation ERP — mais son délai d'instruction passe à 5 mois, contre 2 à 3 mois pour un permis classique : un point souvent découvert trop tard dans les plannings, détaillé dans notre article sur le délai du permis de construire.
3. L'ouverture au public
Pour les ERP du 1er groupe (et la 5e catégorie avec locaux à sommeil), l'ouverture est subordonnée à une visite de réception de la commission de sécurité et à un arrêté municipal d'autorisation d'ouverture. Anticipez le passage de la commission : un avis défavorable à quelques jours de l'ouverture prévue est un scénario classique — et coûteux.
À l'achat d'un local déjà exploité en ERP, ajoutez à votre due diligence : dernier PV de commission de sécurité, registre de sécurité à jour, registre public d'accessibilité, dérogations éventuellement accordées et autorisations de travaux antérieures. Notre guide pour acheter un local commercial intègre cette check-list.
Sanctions : fermeture administrative et responsabilité pénale
Le non-respect des règles ERP expose à des sanctions lourdes, sur trois plans.
- Administratif : le maire (ou le préfet) peut ordonner la fermeture de l'établissement exploité en infraction, après avis de la commission de sécurité — jusqu'à la réalisation des travaux prescrits. Une ouverture sans autorisation ou malgré un avis défavorable expose à une fermeture immédiate ;
- Pénal : construire, aménager ou exploiter un ERP en violation des obligations de sécurité ou d'accessibilité est pénalement sanctionné — jusqu'à 45 000 € d'amende (davantage pour les personnes morales), avec des peines aggravées en cas de récidive ;
- Civil : en cas de sinistre, la non-conformité engage la responsabilité de l'exploitant et peut remonter au propriétaire, notamment si les travaux relevant du bailleur n'ont pas été réalisés. Les assureurs vérifient systématiquement la conformité ERP après un incendie — une non-conformité connue peut réduire ou exclure l'indemnisation.
Pour le propriétaire bailleur, la ligne de conduite est claire : documenter la conformité du local à la signature du bail, répartir contractuellement les obligations d'entretien et de mise en conformité, et conserver la preuve des travaux réalisés. C'est autant une protection juridique qu'un argument de valorisation du bien.
FAQ
- C'est quoi un ERP de 5ème catégorie ?
-
Un ERP de 5e catégorie est un établissement recevant du public dont l'effectif accueilli reste inférieur aux seuils fixés par le règlement de sécurité pour son type d'activité (par exemple 200 personnes pour un magasin, 100 pour un hôtel). C'est le cas de la plupart des petits commerces, restaurants et cabinets. Ses obligations sont allégées — pas de visite périodique obligatoire de la commission de sécurité sans locaux à sommeil — mais registre de sécurité, moyens d'extinction, alarme et accessibilité restent obligatoires.
- Mon commerce est-il un établissement recevant du public ?
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Oui, dès lors que des clients y entrent : tout commerce est un ERP au sens de l'article R.143-2 du code de la construction et de l'habitation, quelle que soit sa taille. La catégorie (1 à 5) dépend de l'effectif de public admissible, calculé selon le type d'activité (surface de vente, places assises…). Un petit commerce relève presque toujours de la 5e catégorie, type M.
- Qui paie la mise aux normes ERP : le locataire ou le propriétaire ?
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Cela dépend du bail et de la nature des travaux. Les grosses réparations de l'article 606 du code civil et les mises en conformité qui en relèvent sont à la charge du bailleur, sans transfert possible au locataire pour les baux conclus ou renouvelés depuis la loi Pinel (article R.145-35 du code de commerce). Les aménagements intérieurs liés à l'activité peuvent être mis à la charge du locataire par une clause expresse. Sans clause claire, les travaux prescrits par l'administration incombent au bailleur.
- Quelle autorisation pour transformer un local en ERP ?
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Trois autorisations peuvent se cumuler : un changement de destination au titre de l'urbanisme (déclaration préalable ou permis de construire), l'autorisation de travaux ERP (cerfa 13824) qui vérifie sécurité et accessibilité, et pour les ERP du 1er groupe une autorisation d'ouverture après visite de la commission de sécurité. Si un permis de construire est nécessaire, il vaut autorisation ERP mais son délai d'instruction est porté à 5 mois.
- Le registre de sécurité est-il obligatoire pour tous les ERP ?
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Oui, tout ERP doit tenir un registre de sécurité à jour, y compris en 5e catégorie. Il consigne les vérifications périodiques des installations (électricité, extincteurs, alarme), les formations du personnel, les travaux réalisés et les visites de contrôle. C'est la première pièce demandée par la commission de sécurité et par l'assureur après un sinistre.