Loi du 10 juillet 1965 : le statut de la copropriété décrypté
Soixante ans après, la loi 65-557 reste la constitution de la copropriété française. Plutôt qu'un commentaire article par article, voici le décryptage par besoin : contester une AG, changer de syndic, voter des travaux — quel article invoquer, et ce qui a changé depuis ALUR.
Qu'est-ce que la loi du 10 juillet 1965 ? La réponse rapide
Qu'est-ce que la loi du 10 juillet 1965 ?
La loi n° 65-557 du 10 juillet 1965 fixe le statut de la copropriété des immeubles bâtis : elle définit les parties privatives et communes, les tantièmes, le syndicat des copropriétaires, le syndic, le conseil syndical, les règles de majorité en assemblée générale et les recours des copropriétaires. Complétée par son décret d'application n° 67-223 du 17 mars 1967, elle est d'ordre public : un règlement de copropriété ne peut pas y déroger. Toujours en vigueur, elle a été profondément remaniée par les lois ALUR (2014), ELAN (2018), l'ordonnance du 30 octobre 2019 et la loi Habitat dégradé (2024).
Le texte brut est sur Legifrance — indispensable, mais illisible pour un copropriétaire qui cherche une réponse concrète. Ce guide prend le chemin inverse des commentaires article par article : il part de vos besoins réels (contester une décision, changer de syndic, faire voter des travaux, comprendre vos charges) et vous indique quel article de la loi mobiliser, avec le lien vers nos guides détaillés pour chaque situation.
Ce que la loi organise : l'architecture de la copropriété
La loi du 10 juillet 1965 s'applique de plein droit à tout immeuble bâti dont la propriété est répartie entre plusieurs personnes par lots, chaque lot comportant une partie privative et une quote-part de parties communes (article 1er). Elle installe quatre piliers :
- Le lot et les tantièmes — chaque copropriétaire possède ses parties privatives (son appartement, sa cave) et une quote-part des parties communes exprimée en tantièmes de copropriété, qui détermine son poids de vote et sa part de charges ;
- Le règlement de copropriété et l'état descriptif de division — la « constitution locale » de l'immeuble : destination, usage des parties privatives et communes, répartition des charges. Il ne peut pas contredire la loi, d'ordre public ;
- Le syndicat des copropriétaires — la collectivité de tous les copropriétaires, dotée de la personnalité civile (article 14). C'est lui qui est responsable de la conservation de l'immeuble et qui peut agir en justice ;
- Les organes de gestion — l'assemblée générale décide, le syndic exécute et administre (articles 17 et 18), le conseil syndical assiste et contrôle. Le syndic peut être professionnel ou bénévole — la loi impose dans tous les cas qu'il y en ait un.
Toute copropriété doit par ailleurs être immatriculée au registre national des copropriétés, une obligation issue de la loi ALUR.
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Les articles clés de la loi 65-557, classés par besoin
Plutôt qu'une paraphrase du texte, voici la table de correspondance entre votre problème et l'article à invoquer :
| Votre besoin | Article de la loi | Ce qu'il dit |
|---|---|---|
| Faire des travaux chez soi | Article 9 | Libre usage des parties privatives, à condition de ne porter atteinte ni aux droits des autres ni à la destination de l'immeuble ; autorisation d'AG si les parties communes sont touchées |
| Comprendre / contester ses charges | Articles 10 et 10-1 | Deux familles de charges (services collectifs selon l'utilité, conservation-administration selon les tantièmes) ; frais imputables au seul copropriétaire (état daté plafonné, frais de recouvrement) |
| Agir contre / via le syndicat | Articles 14 et 15 | Le syndicat a la personnalité civile, répond des dommages d'origine « parties communes » et peut agir en justice |
| Changer de syndic, cadrer sa mission | Articles 17 et 18 | Missions du syndic (exécution des décisions, administration, comptabilité, immatriculation) ; désignation et révocation par l'AG — le quitus n'est jamais obligatoire |
| Voter en AG (actes courants) | Article 24 | Majorité simple des voix exprimées des présents, représentés et votants par correspondance — le régime par défaut |
| Voter des décisions importantes | Articles 25 et 25-1 | Majorité absolue de toutes les voix du syndicat (désignation du syndic, travaux d'économie d'énergie…) ; passerelle 25-1 : second vote à la majorité de l'article 24 si le projet a recueilli au moins un tiers des voix |
| Voter des décisions lourdes | Article 26 | Double majorité : majorité des copropriétaires détenant au moins les deux tiers des voix (modification du règlement, aliénation de parties communes…) |
| Contester une décision d'AG | Article 42 | Recours du copropriétaire opposant ou défaillant dans les 2 mois de la notification du procès-verbal ; actions personnelles prescrites par 5 ans |
| Neutraliser une clause abusive du règlement | Article 43 | Toute clause contraire aux dispositions d'ordre public de la loi est réputée non écrite — invocable à tout moment |
Le financement au quotidien découle des mêmes textes : le budget prévisionnel est voté chaque année et appelé par provisions trimestrielles — le mécanisme détaillé dans notre guide des appels de fonds de copropriété.
Les majorités d'assemblée générale en pratique
Les articles 24, 25 et 26 forment l'escalier des majorités — et la première cause de contentieux en copropriété est un vote acquis à la mauvaise majorité :
- Article 24 (majorité simple) : entretien courant, travaux de conservation, remplacement d'équipements à l'identique, travaux d'accessibilité. Seules comptent les voix exprimées — les abstentions ne bloquent pas ;
- Article 25 (majorité absolue) : désignation ou révocation du syndic, délégations de pouvoir, travaux d'économie d'énergie, installation de bornes de recharge, individualisation des compteurs. Il faut la majorité de toutes les voix du syndicat, absents compris. Si le projet atteint le tiers des voix sans la majorité, la passerelle de l'article 25-1 permet un second vote immédiat à la majorité simple ;
- Article 26 (double majorité) : modification du règlement de copropriété quant à la jouissance des parties communes, aliénation de parties communes, surélévation. Il faut à la fois la majorité en nombre des copropriétaires et les deux tiers des voix ;
- Unanimité : changement de destination de l'immeuble, modification de la répartition des charges (hors cas légaux), vente d'une partie commune indispensable à la destination.
Le poids de vote de chacun correspond à ses tantièmes, avec un garde-fou : le copropriétaire majoritaire voit ses voix réduites à la somme des voix des autres (article 22). Pour la mécanique complète — convocation, ordre du jour, vote par correspondance, procès-verbal — consultez notre guide de l'assemblée générale de copropriété.
La loi du 10 juillet 1965 depuis 2014 : ALUR, ELAN, 2019, 2024
Lire un commentaire de la loi de 1965 non actualisé, c'est risquer d'invoquer un texte abrogé. Les quatre vagues de réforme à connaître :
- Loi ALUR (24 mars 2014) — immatriculation obligatoire de toutes les copropriétés au registre national, fonds de travaux obligatoire (alimenté à 5 % minimum du budget), encadrement des honoraires de syndic (contrat type), extranet de copropriété, plafonnement de l'état daté (effectif en 2020) ;
- Loi ELAN (23 novembre 2018) — prescription des actions personnelles ramenée de 10 à 5 ans (article 42), vote par correspondance généralisé, mise en concurrence du syndic assouplie, habilitation à réformer par ordonnance ;
- Ordonnance n° 2019-1101 (30 octobre 2019) — la réécriture la plus profonde depuis 1965, en vigueur au 1er juin 2020 : champ d'application clarifié, pouvoirs du conseil syndical étendus (délégation renforcée), passerelles de majorité élargies, procédure contre les impayés accélérée, régime adapté aux petites copropriétés (moins de 6 lots ou budget < 15 000 €) ;
- Loi Climat et résilience (22 août 2021) — plan pluriannuel de travaux (PPT) obligatoire pour les copropriétés de plus de 15 ans, DPE collectif progressivement obligatoire, articulation avec l'interdiction de louer les passoires thermiques ;
- Loi Habitat dégradé (9 avril 2024) — outils contre les copropriétés en difficulté : prêt global collectif, expropriation facilitée des immeubles indignes, scission simplifiée, syndic d'intérêt collectif.
Conséquence pratique : sur chaque question (majorité applicable, délai de recours, obligations du syndic), vérifiez toujours la version consolidée du texte sur Legifrance — c'est elle qui fait foi, pas la version d'origine de 1965 ni un commentaire daté.
Vos recours de copropriétaire : article 42 et abus de majorité
La loi de 1965 donne au copropriétaire deux leviers principaux contre les décisions collectives :
La contestation de l'assemblée générale (article 42)
Seul un copropriétaire opposant (qui a voté contre) ou défaillant (absent et non représenté) peut contester une décision d'AG, dans un délai de 2 mois à compter de la notification du procès-verbal. Passé ce délai, la décision est définitive — même irrégulière. Le recours s'exerce devant le tribunal judiciaire, avocat obligatoire. Motifs classiques : convocation irrégulière, vote acquis à une mauvaise majorité, décision étrangère à l'ordre du jour, ou abus de majorité.
L'abus de majorité
Une décision régulièrement votée peut être annulée si elle est contraire à l'intérêt collectif ou prise dans le seul but de favoriser les majoritaires au détriment des minoritaires : refus injustifié de travaux indispensables, autorisation accordée à l'un et refusée à l'autre dans la même situation, charges votées de manière discriminatoire. Les critères, la jurisprudence et la stratégie contentieuse sont détaillés dans notre guide abus de majorité en copropriété.
À ces recours s'ajoutent l'action contre le syndic défaillant (responsabilité contractuelle vis-à-vis du syndicat, refus du quitus) et l'article 43 qui permet de faire déclarer non écrite, sans condition de délai, toute clause du règlement contraire à l'ordre public de la loi — arme redoutable contre les vieux règlements jamais toilettés.
FAQ
- À qui s'applique la loi du 10 juillet 1965 ?
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À tout immeuble bâti dont la propriété est répartie entre plusieurs personnes par lots comportant chacun une partie privative et une quote-part de parties communes — l'immeuble d'habitation classique, mais aussi les copropriétés horizontales de maisons individuelles et les immeubles mixtes. Le statut s'applique de plein droit : on ne peut pas y échapper par convention.
- La loi du 10 juillet 1965 est-elle d'ordre public ?
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Oui, pour l'essentiel de ses dispositions. L'article 43 précise que toute clause du règlement de copropriété contraire aux dispositions d'ordre public de la loi et de son décret est réputée non écrite : elle peut être écartée à tout moment, sans délai de prescription, par le juge. C'est le fondement utilisé pour neutraliser les clauses abusives des règlements anciens.
- Où lire le texte de la loi 65-557 à jour ?
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Sur Legifrance, dans sa version consolidée, qui intègre toutes les modifications (ALUR 2014, ELAN 2018, ordonnance du 30 octobre 2019, loi Climat 2021, loi Habitat dégradé 2024). C'est la seule version qui fait foi : la loi d'origine de 1965 a été profondément réécrite, notamment ses articles sur les majorités et les recours.
- Qu'est-ce que le décret du 17 mars 1967 ?
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Le décret n° 67-223 du 17 mars 1967 est le texte d'application de la loi du 10 juillet 1965. Il règle la mécanique concrète : convocation et tenue des assemblées générales, notification des procès-verbaux, comptabilité du syndicat, mutation des lots (dont l'état daté de son article 5). Loi et décret se lisent toujours ensemble.
- Quelle majorité pour changer de syndic ?
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La désignation et la révocation du syndic se votent à la majorité absolue de l'article 25 (majorité des voix de tous les copropriétaires). Si le candidat obtient au moins un tiers des voix sans atteindre la majorité, l'article 25-1 permet un second vote immédiat à la majorité simple de l'article 24. La révocation en cours de mandat exige en outre un motif légitime, sous peine de dommages-intérêts.