L'apurement en 30 secondes

Que signifie « apurement » ?

Apurer une dette, c'est la solder progressivement jusqu'à revenir à zéro. Un plan d'apurement est l'échéancier écrit qui organise ce remboursement : montant de la dette arrêté à une date, mensualités, durée, signatures des deux parties. En matière de loyer, il se conclut à l'amiable entre bailleur et locataire — ou est fixé par le juge, dans la limite de 3 ans (article 24 de la loi du 6 juillet 1989).

Le terme vient de la comptabilité (« apurer les comptes » : les vérifier et les régulariser) et s'applique à toute dette : loyers, charges de copropriété, cotisations, dettes fiscales ou bancaires. En pratique, c'est dans le logement que le plan d'apurement joue son rôle le plus concret : il permet à un locataire en difficulté de rattraper son retard sans procédure judiciaire, et à un bailleur de récupérer sa créance plus vite et à moindre coût qu'au tribunal.

Ce guide couvre les deux côtés de la table — la demande côté locataire, la sécurisation côté bailleur — plus le troisième acteur souvent décisif : la CAF, dont dépendent le maintien de l'APL et une partie du calendrier. Pour la vue d'ensemble de la procédure (du premier retard à l'expulsion), commencez par notre guide de la procédure loyer impayé.

Locataire : demander un plan d'apurement étape par étape

Plus la demande est précoce, plus elle a de chances d'aboutir — un bailleur préfère toujours un échéancier crédible à une procédure de 12 à 24 mois. La démarche :

  1. Réagissez dès le premier loyer manqué : contactez le bailleur (ou l'agence) avant qu'il n'engage des frais. Un impayé signalé et expliqué se négocie ; un silence se judiciarise ;
  2. Proposez un échéancier réaliste par écrit : loyer courant repris intégralement + une mensualité de rattrapage que votre budget supporte réellement. Mieux vaut 100 €/mois tenus que 300 €/mois abandonnés au deuxième mois ;
  3. Appuyez-vous sur les dispositifs d'aide : si vous touchez l'APL, informez la CAF (le maintien de l'aide dépend d'un plan d'apurement, voir plus bas) ; sollicitez le FSL (fonds de solidarité pour le logement) de votre département, qui peut prendre en charge une partie de la dette ; l'ADIL vous conseille gratuitement ;
  4. Faites signer le document par les deux parties : un accord oral ne protège personne. Le contenu type est détaillé dans la checklist ci-dessous ;
  5. Tenez chaque échéance : le plan est votre meilleure protection — la plupart prévoient qu'un seul impayé le rend caduc.

Même si un commandement de payer vous a déjà été signifié, rien n'est perdu : vous disposez de six semaines pour régler ou trouver un accord (baux signés depuis le 29 juillet 2023 ; deux mois pour les baux antérieurs), et le juge peut ensuite vous accorder des délais — à condition d'avoir repris le paiement du loyer courant avant l'audience. Ce point est déterminant : un locataire qui paie son loyer courant et rembourse même modestement sa dette est presque toujours entendu.

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Bailleur : proposer un plan sans renoncer à vos droits

Côté bailleur, le plan d'apurement est souvent la voie la plus rentable : une procédure contentieuse jusqu'à l'expulsion coûte couramment plusieurs milliers d'euros et 18 à 24 mois — pendant lesquels la dette continue de grossir. Mais un plan mal rédigé peut affaiblir votre position. Les règles d'or :

  • Réservez expressément vos droits : indiquez dans le document que le plan est consenti « sans novation ni renonciation à la clause résolutoire et aux poursuites en cas de non-respect ». Vous conservez ainsi le bénéfice de la procédure si le locataire décroche ;
  • Ne suspendez pas la procédure engagée, cadencez-la : si un commandement de payer a été signifié, le plan peut se négocier en parallèle — en cas d'échec du plan, la procédure reprend son cours sans repartir de zéro ;
  • Prévoyez une clause de déchéance : un seul impayé du plan (ou du loyer courant) rend l'intégralité du solde immédiatement exigible ;
  • Actionnez les garanties en parallèle : le plan avec le locataire n'éteint pas vos recours contre la caution solidaire, et si le bail est couvert par la garantie Visale, déclarez l'impayé dans les délais du dispositif — un plan amiable non déclaré peut compromettre la prise en charge ;
  • Documentez tout : décompte de la dette signé, quittances des versements du plan, courriers — ces pièces feront la différence si l'affaire finit devant le juge.

Un point de vigilance spécifique aux allocataires : si votre locataire touche l'APL, vous avez l'obligation de signaler l'impayé à la CAF (c'est aussi votre intérêt : le signalement déclenche la procédure de maintien de l'aide et, en tiers payant, l'APL vous est versée directement). Un bailleur qui tarde à signaler s'expose à devoir rembourser des aides indûment perçues.

Que contient un bon plan d'apurement : la checklist du document

Pas besoin d'un avocat pour rédiger un plan d'apurement solide — mais il faut que rien ne manque. La checklist complète :

  • Identité des parties : bailleur (ou mandataire) et locataire(s), adresse du logement, références du bail ;
  • Décompte de la dette arrêté à une date précise : loyers, charges, mois par mois — joignez le décompte détaillé en annexe ;
  • Engagement de reprise du loyer courant : le plan porte sur l'arriéré, le loyer du mois se paie normalement en plus — c'est LA condition de crédibilité (et celle du juge comme de la CAF) ;
  • Montant et date des mensualités de rattrapage : par exemple « 150 € le 5 de chaque mois, en sus du loyer courant » ;
  • Durée et terme : nombre d'échéances et date de la dernière ;
  • Clause de déchéance : tout impayé d'une échéance ou du loyer courant rend le solde immédiatement exigible et met fin au plan ;
  • Clause de réserve des droits (côté bailleur) : sans novation ni renonciation à la clause résolutoire ;
  • Date et signatures des deux parties, en deux exemplaires.

Exemple de calibrage réaliste : une dette de 1 800 € (deux mois de loyer à 900 €) se rattrape en 12 mensualités de 150 € — un effort d'environ 15 % du loyer, soutenable pour la plupart des budgets. À l'inverse, un plan à 450 €/mois sur 4 mois a toutes les chances d'échouer et de faire perdre six mois à tout le monde. La bonne mensualité est celle qui passe après le loyer courant et les charges fixes du ménage.

CAF et plan d'apurement : APL maintenue, tiers payant, délais

Quand le locataire perçoit une aide au logement, la CAF (ou la MSA) devient un acteur central de l'apurement — avec un circuit précis, prévu par le Code de la construction et de l'habitation (article R.824-7 et suivants) :

  1. Signalement de l'impayé : le bailleur doit déclarer l'impayé constitué à la CAF. L'aide au logement n'est pas suspendue automatiquement : elle est maintenue pendant la phase de traitement ;
  2. Demande de plan d'apurement : la CAF demande qu'un plan soit établi — en principe dans un délai de 6 mois (ramené à 2 mois si le bailleur a refusé le tiers payant) ;
  3. Plan approuvé : l'APL continue d'être versée, généralement en tiers payant (directement au bailleur), tant que le locataire respecte le plan et paie sa part du loyer courant ;
  4. Pas de plan dans les délais : la CAF saisit le FSL, qui a 3 mois pour proposer un dispositif d'apurement ; à défaut de réponse, la CAF peut établir elle-même un plan ;
  5. Plan non respecté : après mise en demeure restée sans effet, la CAF peut suspendre l'aide au logement — ce qui aggrave mécaniquement la dette. Les situations de surendettement suivent un circuit particulier : l'aide est maintenue pendant le traitement du dossier par la Banque de France.

À retenir des deux côtés : le plan d'apurement n'est pas seulement un arrangement privé, c'est la clé du maintien de l'APL. Un bailleur qui accepte un plan réaliste sécurise donc aussi la fraction du loyer payée par la CAF — souvent 200 à 400 €/mois qu'une suspension ferait disparaître.

Durée et montants : comment calibrer les mensualités

Il n'existe aucune durée légale pour un plan amiable — c'est un contrat. Les repères utiles :

  • 6 à 24 mois : la fourchette la plus courante à l'amiable. Au-delà de 24 mois, le risque d'accident de parcours croît fortement et les bailleurs deviennent réticents ;
  • 36 mois maximum : c'est la limite des délais que peut accorder le juge (article 24, V de la loi du 6 juillet 1989, par dérogation à l'article 1343-5 du Code civil) — un plan amiable qui s'en approche doit être solidement justifié ;
  • Mensualité soutenable : loyer courant + mensualité du plan ne devraient pas dépasser ce que le ménage peut payer en gardant un reste à vivre — en pratique, une mensualité de rattrapage entre 10 et 20 % du loyer est le standard qui tient ;
  • Réévaluation possible : rien n'interdit d'avenant — un plan renégocié à mi-parcours vaut mieux qu'un plan rompu.

Conseil de terrain, valable pour les deux parties : mettez la première échéance à 30 jours maximum de la signature. Un plan qui démarre « dans trois mois » n'est pas un plan, c'est un report — et les reports s'accumulent.

Plan non respecté : ce qui se passe vraiment

Le plan d'apurement est une seconde chance, pas un bouclier permanent. En cas d'échéance manquée :

  • La clause de déchéance joue : le solde de la dette redevient immédiatement exigible en totalité ;
  • La procédure reprend son cours : si un commandement de payer avait été signifié, le bailleur peut assigner devant le juge des contentieux de la protection ; la clause résolutoire du bail retrouve son plein effet ;
  • Devant le juge, l'historique pèse : un locataire qui a respecté 10 échéances sur 12 avant un accident de la vie obtient souvent de nouveaux délais (dans la limite des 3 ans) ; un plan abandonné dès le deuxième mois conduit généralement à la résiliation du bail et à l'expulsion ;
  • Si des délais judiciaires étaient en cours, le premier impayé y met fin : la suspension de la clause résolutoire cesse, la résiliation du bail est acquise — c'est le mécanisme durci par la loi du 27 juillet 2023 ;
  • Côté CAF : mise en demeure, puis suspension possible de l'aide au logement si aucune reprise n'intervient.

Moralité pour le locataire : au premier signe de difficulté sur une échéance, prévenez avant de manquer — un avenant se négocie, un silence se sanctionne. Pour le bailleur : datez et notifiez chaque manquement par écrit ; c'est ce formalisme qui rendra la reprise de procédure rapide et incontestable.

Plan d'apurement ou autres solutions : FSL, surendettement

Le plan d'apurement n'est pas toujours la bonne échelle. Selon la profondeur de la dette :

SituationOutil adaptéCe que ça change
Retard passager (1 à 3 mois), revenus stablesPlan d'apurement amiableDette étalée, APL maintenue, pas de procédure
Dette installée, budget insuffisant pour tout rattraperFSL (aide départementale)Prise en charge partielle de la dette (subvention ou prêt), souvent adossée à un plan pour le solde
Dettes multiples (loyer + crédits + charges), situation durablement dégradéeDossier de surendettement (Banque de France)Suspension des poursuites, rééchelonnement global, effacement partiel possible ; l'aide au logement est maintenue pendant le traitement
Procédure judiciaire déjà à l'audienceDélais du juge (art. 24 V)Jusqu'à 3 ans de délais et suspension de la clause résolutoire, si le loyer courant est repris avant l'audience

Ces dispositifs se combinent plus qu'ils ne s'excluent : un FSL vient souvent compléter un plan d'apurement, et un plan respecté est le meilleur argument à toute audience. Le réflexe commun à toutes les situations : agir avant que la dette ne dépasse trois ou quatre mois de loyer — au-delà, les mensualités de rattrapage deviennent difficilement soutenables et le contentieux presque inévitable.