Déficit foncier 2026 : plafonds 10 700/21 400 €, calcul, report
Charges supérieures aux loyers au régime réel : le déficit foncier s'impute sur votre revenu global jusqu'à 10 700 € par an — 21 400 € pour les rénovations énergétiques payées jusqu'à fin 2027. Mécanisme, travaux éligibles, deux exemples calculés et déclaration 2044.
Le déficit foncier en 30 secondes
C'est quoi, le déficit foncier ?
Quand vos charges dépassent vos loyers sur une location vide au régime réel, la différence — le déficit foncier — s'impute sur votre revenu global jusqu'à 10 700 € par an (plafond doublé à 21 400 € pour les rénovations énergétiques de passoires payées jusqu'au 31/12/2027). Le surplus se reporte 10 ans sur vos revenus fonciers. Interdit en micro-foncier, inexistant en meublé : c'est l'arme fiscale spécifique de la location nue avec travaux.
Le déficit foncier est l'un des rares mécanismes qui permet à un bailleur de faire baisser l'impôt sur son salaire avec des travaux réalisés dans un logement locatif — sans dispositif de défiscalisation, sans engagement de type Pinel, sans plafond de loyer. Il est pourtant mal expliqué : la plupart des guides sont écrits par des banques ou des promoteurs qui s'en servent pour vendre des programmes. Voici le mécanisme complet, neutre et chiffré : ce qui est imputable et dans quel ordre, les travaux qui ouvrent droit (et ceux qui ne l'ouvrent pas), deux exemples calculés pas à pas et la déclaration 2044 ligne par ligne.
Comment fonctionne le déficit foncier (et pourquoi il n'existe qu'au régime réel)
Le principe tient en une phrase : au régime réel, vous déclarez vos loyers et déduisez vos charges réelles ; si les charges dépassent les loyers, le résultat est négatif — c'est le déficit foncier, et le fisc vous autorise à l'utiliser contre le reste de vos revenus, dans certaines limites.
Deux exclusions structurantes avant d'aller plus loin :
- En micro-foncier, le déficit n'existe pas : l'abattement forfaitaire de 30 % remplace toutes les charges, il ne peut jamais rendre le résultat négatif. Si vous préparez de gros travaux, c'est LA raison de basculer au réel — notre comparatif micro-foncier ou régime réel détaille l'arbitrage (l'option pour le réel engage 3 ans) ;
- En location meublée, le déficit foncier n'existe pas non plus : les loyers meublés relèvent des BIC, un régime totalement distinct où les déficits ne s'imputent pas sur le revenu global (mais où l'amortissement joue un rôle comparable) — cf. notre guide fiscalité LMNP.
La nuance que presque tout le monde rate : les intérêts d'emprunt sont à part. La loi distingue deux familles de charges. Les intérêts d'emprunt (et frais associés : assurance emprunteur, frais de dossier) ne s'imputent que sur vos revenus fonciers — jamais sur le revenu global. Les autres charges (travaux, taxe foncière, assurance PNO, frais de gestion, charges de copropriété…) peuvent, elles, créer le déficit imputable sur le revenu global jusqu'à 10 700 €. L'ordre de calcul est donc imposé : on impute d'abord les intérêts sur les loyers, puis les autres charges — c'est ce mécanisme en deux étages que déroulent nos exemples plus bas.
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Quels travaux ouvrent droit au déficit foncier ?
Toute la jurisprudence du déficit foncier tourne autour d'une frontière : réparer, entretenir ou améliorer = déductible ; construire, reconstruire ou agrandir = jamais déductible.
| Type de travaux | Déductible ? | Exemples |
|---|---|---|
| Réparation et entretien | ✅ Oui | Réfection de toiture à l'identique, ravalement, remplacement de chaudière, mise aux normes électrique, traitement humidité |
| Amélioration (logement d'habitation) | ✅ Oui | Isolation thermique, remplacement des fenêtres, installation d'une pompe à chaleur, salle de bains moderne, ascenseur |
| Construction, reconstruction | ❌ Non | Démolition-reconstruction, reprise lourde des structures, transformation d'un local pro en habitation avec gros œuvre |
| Agrandissement | ❌ Non | Extension, surélévation, aménagement de combles créant de la surface habitable nouvelle |
Les cas limites se jouent sur le gros œuvre : une rénovation lourde qui touche structures et volumes peut être requalifiée en « reconstruction » et perdre la déductibilité — sur un chantier ambitieux, faites qualifier les postes par devis séparés (le fisc raisonne poste par poste, pas sur la facture globale). À noter : les travaux réalisés entre deux locataires restent déductibles tant que le logement est destiné à la relocation, et les charges courantes (taxe foncière, assurance PNO, gestion) alimentent le déficit au même titre que les travaux.
10 700 € par an — et 21 400 € pour les rénovations énergétiques jusqu'à fin 2027
Le déficit issu des charges hors intérêts s'impute sur votre revenu global (salaires, pensions…) dans la limite de 10 700 € par an et par foyer fiscal. Depuis 2023, ce plafond est doublé à 21 400 € pour la part de déficit issue de travaux de rénovation énergétique qui font passer une passoire thermique (classe E, F ou G) à une classe A, B, C ou D — à trois conditions :
- les dépenses sont payées entre le 1er janvier 2023 et le 31 décembre 2027 ;
- vous justifiez du changement de classe par deux DPE : un avant travaux (E, F ou G) et un après (A à D), le nouveau DPE devant être obtenu au plus tard le 31 décembre 2027 ;
- il s'agit bien de travaux de rénovation énergétique (isolation, chauffage, ventilation…), pas d'un simple rafraîchissement.
Ce doublement temporaire est taillé pour les bailleurs de logements F/G interdits progressivement à la location : il permet d'absorber fiscalement une grosse partie d'un chantier d'isolation l'année même du paiement. Si votre bien est concerné par le gel des loyers et les échéances d'interdiction, l'arbitrage rénover/vendre se chiffre — et le déficit foncier pèse lourd dans la colonne « rénover ».
Le calcul pas à pas : deux exemples chiffrés
Exemple 1 — petit déficit, entièrement absorbé. Léa loue un T2 nu 800 €/mois (9 600 €/an). Sa taxe foncière, ses charges de copro non récupérables, son assurance et 8 700 € de travaux de rafraîchissement totalisent 11 800 € de charges hors intérêts, plus 1 400 € d'intérêts d'emprunt.
- Étape 1 — intérêts d'abord : 9 600 € de loyers − 1 400 € d'intérêts = 8 200 € de revenu foncier restant ;
- Étape 2 — autres charges : 8 200 € − 11 800 € = déficit de 3 600 €, issu de charges hors intérêts → imputable en totalité sur le revenu global (< 10 700 €) ;
- Effet : à tranche marginale 30 %, ≈ 1 080 € d'impôt en moins l'année du paiement — et zéro revenu foncier imposable (donc zéro prélèvements sociaux fonciers) cette année-là.
Exemple 2 — gros chantier énergétique avec report. Karim loue une maison nue 1 000 €/mois (12 000 €/an), avec 3 000 € d'intérêts d'emprunt, 4 000 € de charges courantes et 38 000 € de rénovation énergétique payés en 2026 qui font passer le bien de F à C (DPE avant/après à l'appui).
- Étape 1 : 12 000 € − 3 000 € d'intérêts = 9 000 € ;
- Étape 2 : 9 000 € − 42 000 € de charges = déficit de 33 000 € ;
- Imputation : 21 400 € sur le revenu global (plafond doublé, travaux énergétiques éligibles), soit ≈ 6 420 € d'impôt effacés à TMI 30 % ; le solde de 11 600 € se reporte sur ses revenus fonciers des 10 années suivantes ;
- Années suivantes : ses 12 000 € de loyers annuels sont neutralisés par le report (11 600 €) puis par les charges courantes — Karim ne repaiera de l'impôt foncier qu'à l'épuisement du stock.
Dans les deux cas, le bien gagne aussi de la valeur : une rénovation F → C se retrouve dans le prix de vente et dans le loyer autorisé. Pour objectiver ce gain, faites estimer le bien après travaux — l'écart avant/après dépasse souvent le coût du chantier dans les villes tendues.
Imputation et report : où va chaque euro de déficit
| Origine du déficit | S'impute sur | Limite | Report du surplus |
|---|---|---|---|
| Intérêts d'emprunt (et frais d'emprunt) | Revenus fonciers uniquement | — | 10 ans sur les revenus fonciers |
| Autres charges (travaux, taxe foncière, PNO, gestion…) | Revenu global (salaires, pensions…) | 10 700 €/an | 10 ans sur les revenus fonciers |
| Travaux rénovation énergétique passoire (payés 2023-2027, DPE avant/après) | Revenu global | 21 400 €/an | 10 ans sur les revenus fonciers |
Deux précisions utiles :
- Si votre revenu global est trop faible pour absorber la part imputable, l'excédent devient un déficit global reportable sur le revenu global des 6 années suivantes — rien ne se perd ;
- L'imputation sur le revenu global réduit votre impôt au barème, mais pas les prélèvements sociaux de vos autres revenus ; en revanche, le report qui gomme vos revenus fonciers futurs efface aussi les 17,2 % de prélèvements sociaux sur ces loyers — le report « vaut » donc souvent plus au taux plein que l'imputation immédiate. C'est un paramètre à intégrer dans votre calcul de rentabilité locative net-net.
Déclarer un déficit foncier : la 2044 ligne par ligne
Le déficit se constate dans la déclaration des revenus fonciers n° 2044 (annexe à la 2042), qui fait le calcul en cascade :
- 2044 : loyers encaissés, puis chaque famille de charges (rubriques dédiées aux travaux — conservez factures et devis, le fisc les demande souvent sur les gros montants), intérêts d'emprunt à part. Le formulaire ventile automatiquement le déficit entre « imputable sur le revenu global » et « reportable » ;
- Report sur la 2042 : case 4BB (déficit imputable sur les revenus fonciers), case 4BC (déficit imputable sur le revenu global), case 4BD (déficits des années antérieures non encore imputés) — et 4BA pour un bénéfice ;
- Première fois au réel ? Cochez l'option dans la déclaration en ligne (la 2044 s'ajoute) ; l'option vous engage pour 3 ans ;
- SCI à l'IR : même mécanique, au prorata de vos parts (la SCI dépose une 2072, votre quote-part de déficit suit les mêmes règles 10 700/21 400) ; en SCI à l'IS, le déficit foncier n'existe pas.
Gardez une trace de votre stock de déficits reportables année par année (l'administration le suit via la 4BD, mais les erreurs de report sont la première cause de redressement sur ce mécanisme).
La condition à ne jamais oublier : louer jusqu'au 31 décembre de la 3e année
L'imputation sur le revenu global a une contrepartie : le logement doit rester loué (en nu) jusqu'au 31 décembre de la troisième année qui suit l'imputation. Si vous vendez, reprenez le logement ou le passez en meublé avant cette échéance, le fisc reconstitue rétroactivement vos revenus fonciers comme si l'imputation sur le revenu global n'avait jamais eu lieu — redressement à la clé.
- Exemple : déficit imputé sur vos revenus 2026 (déclarés en 2027) → location continue exigée jusqu'au 31 décembre 2029 ;
- Exceptions admises : invalidité, licenciement ou décès du contribuable ou de son conjoint ;
- La vacance subie entre deux locataires n'est pas une rupture si vous cherchez activement un locataire (annonces à l'appui) ;
- Seule l'imputation sur le revenu global est verrouillée : les reports sur revenus fonciers, eux, ne tombent que si vous cessez toute location nue.
Si une vente à moyen terme est déjà dans vos plans, calez le calendrier : imputer un gros déficit l'année N pour vendre en N+2 est le scénario perdant type.
Et à la revente, attention au double emploi avec la plus-value : les travaux que vous avez déduits de vos revenus fonciers (donc passés en déficit) ne peuvent pas être ajoutés une seconde fois au prix d'acquisition pour réduire votre plus-value imposable. Vous choisissez un canal par euro de travaux : déduction immédiate au réel (souvent plus rentable, surtout à TMI élevée) ou majoration du prix d'acquisition pour la plus-value future — le forfait travaux de 15 % après 5 ans de détention restant possible sans justificatif dans le calcul de la plus-value. Anticipez ce choix dès le chantier si une revente est probable.
Les erreurs qui coûtent cher
- Rester en micro-foncier l'année des travaux : l'abattement de 30 % ne créera jamais de déficit — l'option pour le réel se prend avant le chantier, pas après ;
- Vendre trop tôt après une imputation sur le revenu global (cf. section précédente) ;
- Confondre amélioration et agrandissement : créer 15 m² de surface neuve n'est pas déductible, même au milieu d'une rénovation par ailleurs éligible — exigez des devis ventilés ;
- Payer le chantier énergétique après le 31/12/2027 ou oublier le DPE avant travaux : le plafond retombe à 10 700 € — sur un chantier de 35 000 €, l'écart d'impôt dépasse 3 000 € à TMI 30 % ;
- Basculer en meublé juste après les travaux : outre la reprise fiscale si vous êtes dans la fenêtre des 3 ans, vous perdez le stock de reports fonciers (inutilisable en BIC) ;
- Oublier la case 4BD les années suivantes : un report non déclaré finit par se perdre dans les 10 ans.
Dernier réflexe : le déficit foncier se planifie. Concentrer les gros travaux sur une seule année maximise la part au-dessus des loyers (donc le déficit), là où le même chantier étalé sur trois exercices se fait « manger » chaque année par les loyers avant de créer du déficit. À chantier égal, le calendrier de paiement change le gain fiscal de plusieurs milliers d'euros.
FAQ
- Quel est le montant maximum du déficit foncier par année fiscale ?
-
10 700 € imputables sur le revenu global par an et par foyer fiscal, portés à 21 400 € pour la part issue de travaux de rénovation énergétique faisant passer un logement E, F ou G en classe A à D, payés entre 2023 et le 31 décembre 2027 (DPE avant/après à l'appui). Tout ce qui dépasse se reporte sur vos revenus fonciers des 10 années suivantes — rien ne se perd, l'imputation est simplement différée.
- Comment imputer un déficit foncier ?
-
Le calcul se fait dans la déclaration 2044 : les intérêts d'emprunt s'imputent d'abord, uniquement sur vos revenus fonciers ; les autres charges (travaux, taxe foncière, assurance, gestion) créent ensuite le déficit imputable sur le revenu global jusqu'à 10 700 €. Les montants se reportent sur la 2042 en cases 4BB (reportable sur fonciers), 4BC (imputable sur le revenu global) et 4BD (stock des années antérieures).
- Quels travaux entrent dans le déficit foncier ?
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Les travaux de réparation, d'entretien et d'amélioration d'un logement loué nu : toiture à l'identique, ravalement, chaudière, mise aux normes, isolation, remplacement de fenêtres, salle de bains. Sont exclus la construction, la reconstruction et l'agrandissement (toute création de surface nouvelle). Sur un chantier mixte, faites ventiler les devis poste par poste : le fisc raisonne ligne à ligne.
- Combien de temps peut-on reporter un déficit foncier ?
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Le surplus non imputé sur le revenu global se reporte sur vos revenus fonciers pendant 10 ans. Si votre revenu global était trop faible pour absorber la part de 10 700 €, l'excédent se reporte quant à lui sur le revenu global des 6 années suivantes. Déclarez le stock chaque année en case 4BD, sinon le report finit par se perdre.
- Le déficit foncier existe-t-il en meublé ou en micro-foncier ?
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Non dans les deux cas. En micro-foncier, l'abattement forfaitaire de 30 % ne peut jamais rendre le résultat négatif — il faut opter pour le régime réel (engagement 3 ans) avant les travaux. En location meublée, les loyers relèvent des BIC : le déficit foncier n'y existe pas, c'est l'amortissement qui joue le rôle d'optimisation.
- Que se passe-t-il si je vends après avoir imputé un déficit foncier ?
-
Si vous vendez ou cessez la location nue avant le 31 décembre de la 3e année suivant l'imputation sur le revenu global, le fisc reconstitue rétroactivement vos revenus fonciers : l'avantage est repris, avec intérêts de retard. Exceptions : invalidité, licenciement ou décès. Les reports sur revenus fonciers, eux, ne sont pas concernés par cette clause tant que vous restez bailleur en nu.