Le logement décent en 30 secondes

Un logement décent est un logement qui répond aux critères minimaux fixés par le décret n° 2002-120 du 30 janvier 2002 : une surface habitable d'au moins 9 m² avec 2,20 m de hauteur sous plafond (ou un volume de 20 m³), l'absence de risques pour la sécurité et la santé, l'absence de nuisibles, des équipements essentiels en état de marche et, désormais, une performance énergétique minimale. Tout bailleur a l'obligation légale de louer un logement décent — c'est une condition de validité de la mise en location, pas une option.

  • Depuis 2025 : les logements classés G au DPE sont interdits à la location (nouveaux baux) ; les F suivront en 2028, les E en 2034.
  • Si le logement n'est pas décent : le locataire peut exiger des travaux, saisir la commission de conciliation, et la CAF peut suspendre le versement de l'allocation logement au bailleur.

Logement décent : les 5 critères du décret de 2002

Le décret n° 2002-120, pris en application de la loi SRU, définit le logement décent par cinq familles de critères cumulatifs :

1. Une surface minimale

Au moins 9 m² de surface habitable avec une hauteur sous plafond de 2,20 m, ou un volume habitable de 20 m³. Attention : ce critère s'apprécie sur la pièce principale ; une chambre de service de 8 m² ne peut pas être louée comme logement, quel que soit le loyer.

2. La sécurité physique des occupants

Gros œuvre en bon état, garde-corps aux fenêtres et escaliers, réseaux d'électricité et de gaz conformes et en bon état d'usage, ventilation suffisante, éclairement naturel de la pièce principale.

3. L'absence de risques pour la santé

Pas d'infiltrations ni de remontées d'humidité massives, pas de plomb accessible (peintures antérieures à 1949), pas d'amiante dégradé.

4. L'absence de nuisibles

Le logement doit être exempt d'infestation d'espèces nuisibles et de parasites (rats, punaises de lit, cafards) au moment de la mise en location.

5. Les équipements essentiels

Chauffage adapté, eau potable froide et chaude, évacuation des eaux usées, cuisine ou coin cuisine permettant un appareil de cuisson, installation sanitaire intérieure (WC séparé de la cuisine, douche ou baignoire) — le WC extérieur reste toléré pour les logements d'une pièce sous conditions —, et un réseau électrique suffisant pour l'éclairage et l'électroménager courant.

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Le critère énergie : le calendrier qui durcit tout

Depuis la loi Climat et résilience, la décence intègre la performance énergétique. Le calendrier transforme progressivement le DPE en couperet :

ÉchéanceLogements concernésConséquence
Depuis janvier 2023Consommation > 450 kWh/m²/an (une partie des G)Interdits à la location (nouveaux baux)
Depuis janvier 2025Tous les logements classés GInterdits à la location (nouveaux baux)
Janvier 2028Logements classés FInterdits à la location
Janvier 2034Logements classés EInterdits à la location

« Interdit » signifie qu'un logement non conforme est juridiquement non décent : le locataire en place peut exiger des travaux de mise en conformité, et le juge peut ordonner leur réalisation, réduire le loyer ou suspendre son paiement. Le gel des loyers des passoires (G et F) s'applique par ailleurs depuis 2022. Pour mesurer l'impact sur la valeur et le loyer de votre bien, voir notre analyse DPE : quelles conséquences sur vos loyers.

Bailleur : la check-list décence avant de mettre en location

Avant chaque mise en location ou relocation, dix points à vérifier — dans l'ordre où un contrôleur (ou un avocat de locataire) les regarderait :

  1. Surface et hauteur sous plafond de la pièce principale (9 m² / 2,20 m ou 20 m³) ;
  2. DPE en cours de validité et classe compatible avec le calendrier (ni G aujourd'hui, ni F à horizon 2028 sans plan de travaux) ;
  3. Électricité : tableau aux normes, prises de terre, pas de fils apparents ;
  4. Gaz : entretien chaudière à jour, flexi-tuyaux non périmés ;
  5. Garde-corps présents et solides (fenêtres basses, balcons, escaliers) ;
  6. Humidité : traces d'infiltration, VMC ou ventilation fonctionnelle ;
  7. Absence de nuisibles (traitement préventif documenté si immeuble à risque) ;
  8. Eau chaude, chauffage et sanitaires en état de marche ;
  9. Coin cuisine avec évacuation et alimentation adaptées ;
  10. Diagnostics obligatoires annexés au bail — la liste complète est dans notre guide des diagnostics obligatoires pour la location.

Cette vérification s'insère dans l'étape 1 de notre guide mettre son logement en location. Et pour fixer un loyer cohérent avec l'état réel du bien, notre estimation de loyer gratuite intègre le marché local.

Non décent, insalubre, en péril : trois notions à ne pas confondre

Trois régimes juridiques distincts, trois niveaux de gravité, trois interlocuteurs différents :

NotionFondementQui agitSanction principale
Logement non décentDécret 2002-120 (rapport bailleur-locataire)Le locataire (conciliation, juge)Travaux imposés, loyer réduit, allocation logement suspendue
Logement insalubreCode de la santé publique (police administrative)L'ARS et le préfetArrêté d'insalubrité, loyer suspendu de plein droit, relogement
Immeuble en périlCode de la construction (sécurité publique)Le maireArrêté de mise en sécurité, évacuation possible

La non-décence est un litige contractuel entre bailleur et locataire ; l'insalubrité et le péril relèvent de la puissance publique. Un logement peut être non décent sans être insalubre (une chambre de 8 m² saine), et la frontière entre les deux détermine les recours : notre guide du logement insalubre détaille la procédure administrative, les arrêtés et leurs effets.

Locataire : les recours si le logement n'est pas décent

Le locataire d'un logement non décent ne peut ni cesser de payer son loyer de sa propre initiative, ni quitter les lieux sans préavis. La procédure efficace suit quatre étapes :

  1. Mise en demeure écrite au bailleur (lettre recommandée) listant les non-conformités, avec photos et demande de travaux sous délai raisonnable ;
  2. Signalement à la CAF ou à la MSA si le locataire touche une allocation logement : l'organisme peut faire constater la non-décence et conserver l'allocation (le bailleur perd ce versement jusqu'à mise en conformité, sans pouvoir le réclamer au locataire) ;
  3. Commission départementale de conciliation, gratuite et souvent suffisante ;
  4. Juge des contentieux de la protection : il peut ordonner les travaux sous astreinte, réduire le loyer ou suspendre son paiement avec consignation.

Pour le bailleur, l'équation est simple : la conservation de l'allocation logement par la CAF représente souvent 200 à 400 € par mois de perte sèche — la mise en conformité est presque toujours moins coûteuse que l'inaction.

Ce que risque le bailleur d'un logement non décent

Louer un logement non décent expose à une cascade de conséquences, du plus courant au plus grave :

  • Perte de l'allocation logement versée en tiers payant (conservée par la CAF jusqu'à mise en conformité) ;
  • Réduction ou suspension judiciaire du loyer, remboursement de trop-perçus ;
  • Travaux ordonnés sous astreinte par le juge ;
  • Impossibilité de donner congé valablement ou de réviser le loyer tant que le logement reste non conforme (cas des passoires G/F : gel des loyers) ;
  • Requalification pénale dans les cas extrêmes : soumettre une personne vulnérable à des conditions d'hébergement indignes est un délit (jusqu'à 5 ans d'emprisonnement et 150 000 € d'amende).

À l'inverse, un bailleur qui documente la décence (diagnostics, photos datées, entretien régulier) est pratiquement inattaquable — et loue plus vite, car le dossier rassure les candidats sérieux.