Sous-location professionnelle : définition

La sous-location professionnelle désigne l'opération par laquelle le locataire d'un bail commercial (le preneur principal) loue à son tour, à un tiers (le sous-locataire), tout ou partie des locaux qu'il occupe. Elle est encadrée par les articles L. 145-31 et L. 145-32 du Code de commerce.

C'est une pratique courante pour rentabiliser des surfaces inutilisées (bureaux vides, partage d'espaces, coworking) ou pour accompagner une réorganisation d'activité. Mais elle obéit à un principe strict : par défaut, elle est interdite.

Le principe : sous-location interdite sauf accord

L'article L. 145-31 pose une règle nette : « sauf stipulation contraire au bail ou accord du bailleur, toute sous-location totale ou partielle est interdite ».

Autrement dit, la sous-location n'est licite que dans deux cas :

  • une clause du bail l'autorise expressément ; ou
  • le bailleur donne son accord (ponctuel) à l'opération.

Une sous-location consentie en violation de cette règle expose le preneur à de lourdes conséquences : refus de renouvellement sans indemnité d'éviction, voire résiliation du bail principal pour manquement. Avant toute sous-location, il faut donc vérifier ce que prévoit le bail — comme on vérifie les clauses d'indexation détaillées dans notre guide de l'augmentation de loyer du bail commercial 3/6/9.

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La procédure : informer le bailleur et le faire concourir à l'acte

Même lorsque la sous-location est autorisée par principe, la loi impose une procédure précise destinée à protéger le propriétaire.

1. Informer le bailleur de l'intention de sous-louer

Le locataire doit faire connaître au propriétaire son intention de sous-louer par acte extrajudiciaire (commissaire de justice) ou par lettre recommandée avec accusé de réception.

2. Appeler le bailleur à concourir à l'acte

En cas de sous-location autorisée, le propriétaire est appelé à concourir à l'acte de sous-location. Dans les 15 jours de la réception de l'avis, le bailleur doit faire savoir s'il entend y concourir. S'il refuse ou s'il omet de répondre, il est passé outre : la sous-location peut être régularisée sans lui.

Concourir à l'acte ne signifie pas que le bailleur devient partie au contrat de sous-location ; cela lui permet d'être informé et de préserver ses droits.

Sous-location et loyer : la règle du réajustement

Le Code de commerce encadre aussi le montant du sous-loyer pour éviter que le preneur principal ne réalise une marge au détriment du propriétaire.

Lorsque le loyer de la sous-location est supérieur au prix de la location principale, le propriétaire a la faculté d'exiger une augmentation correspondante du loyer du bail principal. À défaut d'accord entre les parties, cette augmentation est déterminée selon une procédure fixée par décret (article L. 145-56).

SituationConséquence sur le loyer principal
Sous-loyer ≤ loyer principalAucun réajustement possible
Sous-loyer > loyer principalLe bailleur peut exiger une hausse du loyer principal

Cette mécanique rend essentiel le calcul précis du loyer. Pour les indexations, appuyez-vous sur le simulateur de loyer indexé et le tableau historique de l'indice des loyers commerciaux.

Les droits du sous-locataire commercial

Le sous-locataire régulièrement installé n'est pas sans protection. Sous certaines conditions, l'article L. 145-32 lui ouvre un droit au renouvellement à l'égard du locataire principal, dans la limite des droits que ce dernier tient lui-même de son propre bail.

  • Le droit au renouvellement du sous-locataire s'exerce vis-à-vis du preneur principal, pas directement contre le bailleur.
  • Il suppose une sous-location régulière (autorisée et avec bailleur appelé à concourir).
  • À l'expiration du bail principal, le sort de la sous-location dépend largement de celui du bail principal : si ce dernier disparaît, la sous-location est fragilisée.

Pour le preneur principal, sous-louer ne doit jamais faire perdre de vue ses propres échéances : voir les règles de résiliation du bail commercial par le locataire.

Sous-location, cession de bail et location-gérance : ne pas confondre

Trois mécanismes permettent à un commerçant de faire exploiter ou occuper un local par un tiers, mais ils ont des effets juridiques très différents. Les confondre peut coûter cher.

MécanismeSur quoi il porteLe preneur initial reste-t-il titulaire du bail ?
Sous-locationLa jouissance de tout ou partie des locauxOui — il reste locataire principal et responsable envers le bailleur
Cession de bailLe bail commercial lui-même (le droit au bail)Non — le cessionnaire devient le nouveau locataire
Location-géranceLe fonds de commerce (clientèle, enseigne, matériel)Oui — mais il confie l'exploitation du fonds, pas les murs

En sous-location, le preneur principal demeure tenu de toutes ses obligations vis-à-vis du bailleur (loyer, entretien) : il s'interpose entre le propriétaire et le sous-locataire. En cession de bail, au contraire, il sort du contrat et transmet son droit au bail à un repreneur. La location-gérance, elle, porte sur le fonds de commerce et non sur le local. Chaque opération a ses propres règles d'autorisation et sa fiscalité — d'où l'importance de bien qualifier le montage souhaité dès le départ.

Les risques d'une sous-location irrégulière

Sous-louer sans respecter les conditions de l'article L. 145-31 expose le preneur principal à des sanctions sérieuses :

  • Refus de renouvellement sans indemnité d'éviction : le bailleur peut invoquer un motif grave et légitime tiré de la sous-location irrégulière pour refuser le renouvellement du bail sans verser d'indemnité.
  • Résiliation du bail principal : la sous-location non autorisée constitue un manquement aux obligations contractuelles, susceptible d'entraîner la résiliation par le jeu de la clause résolutoire.
  • Inopposabilité au bailleur : une sous-location irrégulière n'ouvre aucun droit au renouvellement au profit du sous-locataire, qui se retrouve en situation précaire.

La prudence impose donc de toujours vérifier la clause de sous-location du bail, d'obtenir l'accord écrit du bailleur quand il est requis, et de respecter la procédure d'information par lettre recommandée ou acte de commissaire de justice.

Le contrat de sous-location : mentions à prévoir

Un contrat de sous-location professionnelle sécurisé doit notamment préciser :

  • le rappel de l'autorisation de sous-louer (clause du bail principal ou accord écrit du bailleur) ;
  • la désignation exacte des locaux sous-loués (totalité ou partie) ;
  • la durée, qui ne peut excéder celle restant à courir du bail principal ;
  • le montant du sous-loyer et des charges refacturées ;
  • l'activité autorisée dans les locaux sous-loués ;
  • l'articulation avec le bail principal (le sous-locataire ne peut avoir plus de droits que le preneur principal).

Pour le cadre général du bail dont dépend la sous-location, reportez-vous au guide complet du bail commercial 3/6/9 et, pour une location de courte durée, au bail dérogatoire.