Bailleur : définition

Le bailleur est la personne qui met un bien immobilier à la disposition d'une autre personne, le locataire, en échange du paiement d'un loyer. C'est l'une des deux parties du contrat de bail : celle qui « baille », c'est-à-dire qui donne la jouissance du bien. L'article 1709 du Code civil en donne la définition source : le louage est « un contrat par lequel l'une des parties s'oblige à faire jouir l'autre d'une chose pendant un certain temps, et moyennant un certain prix ».

Le mot vient du verbe bailler, qui signifiait « donner, livrer » en ancien français ; il ne subsiste plus que dans le vocabulaire juridique. Un bailleur peut être :

  • une personne physique : un particulier qui loue un appartement, une maison, un garage, un local ;
  • une personne morale : une société civile immobilière, une entreprise, une association, une collectivité, un organisme de logement social.

Le point à retenir : être bailleur n'est pas un statut, c'est un rôle dans un contrat. On devient bailleur le jour où l'on signe un bail, et on cesse de l'être le jour où ce bail prend fin. Ce rôle déclenche un bloc d'obligations légales que nous détaillons plus bas.

Bailleur et locataire : les deux parties du contrat

Un bail met toujours face à face deux parties strictement symétriques : le bailleur, qui fournit le bien, et le locataire, qui l'occupe et paie le loyer. Le vocabulaire change selon le type de bail, ce qui crée une bonne part de la confusion ambiante.

Type de bailCelui qui loueCelui qui occupe
Bail d'habitationBailleurLocataire
Bail commercialBailleurPreneur (ou locataire)
Bail ruralBailleurPreneur (ou fermier)
Sous-locationLocataire principalSous-locataire

Dans tous les cas, l'appellation reste la même d'un côté : le bailleur est celui dont le nom figure comme donneur à bail sur le contrat. C'est à lui que l'on adresse une demande de travaux, un congé, une mise en demeure ; c'est lui que l'on assigne devant le juge des contentieux de la protection en cas de litige. Identifier correctement le bailleur n'est donc pas un détail de vocabulaire : c'est ce qui détermine à qui l'on écrit, et contre qui l'on agit.

Estimation gratuite

Combien vaut votre bien immobilier ?

Obtenez une estimation précise en moins de 2 minutes, basée sur les données du marché.

Estimer mon bien

100% gratuit • Sans engagement

Bailleur, propriétaire, gestionnaire : trois rôles à ne pas confondre

Dans la grande majorité des locations, le bailleur et le propriétaire sont la même personne. Mais ce n'est pas une règle, et les cas de dissociation sont bien plus fréquents qu'on ne le croit. C'est le point le plus souvent escamoté dans les définitions disponibles en ligne.

Le bailleur n'est pas toujours le propriétaire

  • Démembrement de propriété : lorsqu'un bien est démembré, c'est l'usufruitier qui détient le droit d'usage et de perception des fruits. C'est donc lui qui signe le bail et encaisse les loyers : l'usufruitier est le bailleur, le nu-propriétaire ne l'est pas, même s'il reste propriétaire des murs.
  • Sous-location autorisée : le locataire principal qui sous-loue devient lui-même bailleur à l'égard de son sous-locataire, tout en restant locataire vis-à-vis de son propre bailleur. Il porte les deux casquettes en même temps.

Le gestionnaire n'est jamais le bailleur

Quand un propriétaire confie son bien à une agence via un mandat de gestion locative, l'agence encaisse les loyers, envoie les quittances et relance en cas d'impayé. Elle n'est pourtant pas partie au bail : elle agit comme mandataire, au nom et pour le compte du bailleur. Cette distinction entre mandant et mandataire a une conséquence très concrète : un locataire qui réclame des travaux écrit au gestionnaire par commodité, mais c'est le bailleur qui sera condamné si le litige va au bout, même lorsque la faute vient de l'agence.

Les obligations du bailleur en location d'habitation

Pour une résidence principale, louée vide ou meublée, les obligations du bailleur sont fixées par la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989 tendant à améliorer les rapports locatifs. Elles ne sont pas négociables : une clause du bail qui y dérogerait serait réputée non écrite.

Avant l'entrée dans les lieux

  • Établir un bail écrit conforme au bail type réglementaire, accompagné de la notice d'information sur les droits et obligations des parties. Depuis la loi du 9 avril 2024, refuser d'établir un contrat conforme ou de délivrer une quittance est sanctionné pénalement.
  • Remettre le dossier de diagnostic technique : performance énergétique, plomb, installation électrique et de gaz, risques naturels et technologiques, et selon les cas l'amiante.
  • Réaliser un état des lieux contradictoire à l'entrée, en autant d'exemplaires que de parties.
  • Ne pas exiger plus d'un mois de loyer hors charges de dépôt de garantie en location vide (deux mois en meublé), ni de pièce interdite dans le dossier du candidat.

Fournir un logement décent

C'est l'obligation socle de l'article 6 de la loi de 1989 : le logement doit être décent, ne laisser apparaître aucun risque manifeste pour la sécurité physique ou la santé du locataire, et être exempt d'infestation d'espèces nuisibles et de parasites.

La décence intègre désormais un critère de performance énergétique, qui se durcit par paliers : en métropole, le logement doit être classé entre A et F depuis le 1er janvier 2025, entre A et E à compter du 1er janvier 2028, et entre A et D à compter du 1er janvier 2034. Au-delà de ces seuils, le logement est juridiquement indécent et ne peut plus être loué.

Pendant toute la durée du bail

L'article 6 énumère quatre obligations continues, que la jurisprudence applique avec rigueur :

  1. Délivrer le logement en bon état d'usage et de réparation, avec les équipements mentionnés au contrat en bon état de fonctionnement.
  2. Assurer la jouissance paisible du logement et garantir le locataire contre les vices ou défauts qui y feraient obstacle.
  3. Entretenir les locaux et réaliser toutes les réparations autres que locatives. La frontière est fixée par le décret du 26 août 1987 : au bailleur les gros travaux et la vétusté, au locataire l'entretien courant et les menues réparations.
  4. Ne pas s'opposer aux aménagements du locataire, tant qu'ils ne constituent pas une transformation du bien (repeindre un mur, oui ; abattre une cloison, non).

S'y ajoutent trois obligations souvent oubliées : délivrer gratuitement une quittance de loyer à chaque demande, ne récupérer que les charges locatives limitativement énumérées par décret — toute charge hors liste est indue —, et user de ses droits, après mise en demeure, pour faire cesser les troubles de voisinage causés par son propre locataire. Notre guide pour mettre son logement en location reprend ces étapes dans l'ordre chronologique.

Les droits du bailleur, en contrepartie

Les obligations du bailleur ont pour miroir un ensemble de droits, eux aussi encadrés.

  • Percevoir le loyer et les charges aux termes prévus au contrat, et exiger une assurance des risques locatifs renouvelée chaque année.
  • Réviser le loyer une fois par an, à condition qu'une clause de révision le prévoie et dans la limite de la variation de l'indice de référence des loyers.
  • Fixer librement le loyer initial — sauf dans les communes soumises à l' encadrement des loyers, où un loyer de référence majoré s'impose, et sauf plafonnement à la relocation en zone tendue.
  • Exiger une garantie : acte de cautionnement, garantie Visale ou assurance loyers impayés, à l'exclusion du cumul entre caution et assurance dans la plupart des cas.
  • Donner congé, mais uniquement dans trois hypothèses limitativement énumérées : reprise du logement pour y habiter, vente du bien, ou motif légitime et sérieux (impayés, troubles). Le préavis est de six mois en location vide et de trois mois en meublé.

En revanche, un droit que le bailleur n'a pas : entrer dans le logement sans l'accord du locataire. Même pour vérifier l'état d'entretien, même muni des clés, l'accès est subordonné à l'accord de l'occupant. Les visites en vue d'une vente ou d'une relocation ne peuvent excéder deux heures par jour ouvrable et sont interdites les jours fériés.

Qui est le bailleur en SCI ou en indivision ?

Dès que le bien n'appartient pas à une seule personne, la question « qui est le bailleur ? » cesse d'être théorique. Deux configurations couvrent l'essentiel des cas.

Le bailleur est la SCI, pas ses associés

Quand un bien est détenu par une société civile immobilière, c'est la SCI elle-même qui est le bailleur, en tant que personne morale propriétaire. Le bail est signé par le gérant, qui agit au nom et pour le compte de la société. Trois conséquences pratiques :

  • le contrat doit désigner la SCI par sa dénomination, son siège social et son numéro d'immatriculation, et non le gérant à titre personnel ;
  • les loyers sont encaissés sur le compte de la société, pas sur celui des associés ;
  • en cas de litige, c'est la SCI qui est demanderesse ou défenderesse.

Côté fiscal, une SCI non soumise à l'impôt sur les sociétés est transparente : chaque associé déclare sa part de revenus fonciers au prorata de ses parts.

En indivision, tous les indivisaires sont bailleurs

Dans une indivision — après une succession, un divorce, un achat à plusieurs — l'ensemble des indivisaires est bailleur, et tous doivent figurer au bail. La règle de majorité dépend du type de bail, et c'est là que les erreurs se produisent :

  • bail d'habitation ou professionnel : il s'agit d'un acte d'administration, qui requiert l'accord des indivisaires titulaires d'au moins deux tiers des droits indivis ;
  • bail commercial, industriel, artisanal ou rural : l'unanimité est exigée. Un seul indivisaire opposé bloque l'opération.

Un bail commercial consenti sans l'unanimité est inopposable aux indivisaires qui ne l'ont pas signé : le risque n'est pas théorique. Chaque indivisaire déclare par ailleurs sa quote-part de loyers dans ses propres revenus fonciers.

Bailleur commercial, professionnel, rural : le mot au-delà du logement

Le terme « bailleur » ne se limite pas à l'habitation, et c'est une source d'erreurs coûteuses : les obligations de la loi de 1989 ne s'appliquent pas aux autres baux, qui relèvent chacun de leur propre corps de règles.

BailTexte applicableDurée minimaleSpécificité côté bailleur
Habitation (vide)Loi du 6 juillet 19893 ansCongé limité à 3 motifs, logement décent obligatoire
CommercialCode de commerce9 ansDroit au renouvellement du preneur ; refus = indemnité d'éviction
ProfessionnelLoi du 23 décembre 19866 ansLe preneur peut résilier à tout moment, le bailleur non
Rural (fermage)Code rural9 ansFermage encadré par arrêté préfectoral, droit de préemption du fermier

Le bail commercial est le plus déséquilibré du point de vue du bailleur : refuser le renouvellement au terme des neuf ans suppose en principe de verser une indemnité d'éviction, dont le montant peut représenter plusieurs années de chiffre d'affaires du commerce. En bail rural, le bailleur ne fixe pas librement le prix : le fermage évolue dans une fourchette arrêtée par le préfet. Un même particulier peut donc être bailleur d'habitation pour son studio et bailleur commercial pour le local du rez-de-chaussée, avec des droits radicalement différents.

Le cas particulier du bailleur social

On appelle bailleur social un organisme de logement social : office public de l'habitat, entreprise sociale pour l'habitat, coopérative HLM, ou société d'économie mixte agréée. Il reste un bailleur au sens du bail, mais relève du Code de la construction et de l'habitation : attribution sous plafonds de ressources par une commission, loyers réglementés, droit au maintien dans les lieux. Un bailleur privé n'est jamais soumis à ces règles, et inversement.

Le « bailleur » au sens de la CAF

Dernier sens du mot, très concret pour les locataires aidés : dans le vocabulaire des caisses d'allocations familiales, le bailleur est la personne ou l'organisme à qui le locataire verse son loyer. Il n'a pas à être propriétaire : un locataire principal qui sous-loue régulièrement est le bailleur au sens de la CAF.

La CAF demande au locataire qui sollicite une aide au logement de faire remplir une attestation de loyer par son bailleur, qui y renseigne son identité, le montant du loyer hors charges et la date d'entrée dans les lieux. Sans cette attestation, le dossier n'est pas instruit.

Deux points reviennent systématiquement :

  • Le versement en tiers payant. L'aide peut être versée directement au bailleur, qui ne réclame alors au locataire que le loyer résiduel. En logement social, ce versement direct est la règle. En cas de départ du locataire ou d'impayé, le bailleur doit le signaler à la caisse.
  • L'exclusion des locations familiales. Aucune aide au logement n'est due si le bailleur est un ascendant ou un descendant du locataire ou de son conjoint. Louer à son enfant est parfaitement légal, mais l'enfant ne touchera pas d'APL.

Le mot « bailleur » recouvre donc, selon le contexte, un rôle contractuel, une catégorie d'organisme ou un simple destinataire de loyer. Vérifier de quel sens on parle est le premier réflexe utile.