Vendre un appartement loué : préemption, décote, décision 2026
Vous pouvez vendre à tout moment sans congédier le locataire : le bail suit le bien, sans droit de préemption. La vraie question est ailleurs : la décote (5 à 25 % selon le bail) contre le délai du congé pour vente. Fourchettes chiffrées et matrice de décision.
Vendre un appartement loué : l'essentiel en 30 secondes
Ai-je le droit de vendre mon appartement alors qu'il est loué ?
Oui, à tout moment, sans congédier le locataire et sans son accord : le bail est transmis à l'acheteur aux mêmes conditions (article 1743 du Code civil). Dans ce cas, le locataire n'a pas de droit de préemption — il n'en a que si vous lui donnez congé pour vendre, ou lors de la première vente après division de l'immeuble. La contrepartie : un bien vendu occupé se négocie avec une décote de 5 à 25 % selon le bail, le loyer et le profil du locataire. Toute la décision « vendre occupé ou libérer » se joue là.
Précision de vocabulaire avant tout : cet article traite de la vente occupée — vous vendez, le locataire reste, l'acheteur devient son nouveau bailleur. Si votre plan est au contraire de récupérer le logement pour le vendre vide, c'est une autre procédure, encadrée et datée : le congé pour vente (6 mois de préavis minimum, préemption du locataire, motifs contrôlés). Les deux chemins se comparent — et personne ne fait sérieusement ce comparatif chiffré : c'est l'objet de la matrice de décision plus bas.
Vendre occupé : le bail suit le bien, pas le propriétaire
L'article 1743 du Code civil pose la règle depuis 1804 : l'acquéreur d'un bien loué ne peut pas expulser le locataire ; il reprend le bail en l'état, avec toutes ses conditions :
- Même loyer (et même calendrier de révision annuelle — l'acheteur ne peut pas « remettre au prix du marché » un loyer sous-évalué) ;
- Même durée et même échéance : un bail nu de 3 ans signé il y a 8 mois court encore 2 ans et 4 mois pour l'acheteur, reconduction tacite comprise ;
- Mêmes obligations : dépôt de garantie à restituer en fin de bail, entretien, quittances.
Conséquence mécanique sur le marché : votre acheteur n'est plus un particulier qui veut habiter le logement, mais un investisseur qui achète un rendement. Il raisonnera prix ÷ loyer, pas coup de cœur. C'est ce changement d'acheteur — bien plus que le droit — qui explique la décote de la vente occupée.
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Droit de préemption du locataire : quand oui, quand non
C'est LA confusion n° 1 sur le sujet — beaucoup de bailleurs croient devoir proposer le bien à leur locataire avant toute vente. En réalité, tout dépend du scénario :
| Scénario de vente | Préemption du locataire ? | Détail |
|---|---|---|
| Vente occupée (le bail continue avec l'acheteur) | ❌ Non | Aucune offre préalable à faire ; une simple information de courtoisie suffit (et le locataire peut évidemment se porter candidat) |
| Congé pour vente en fin de bail (location nue) | ✅ Oui | Le congé vaut offre de vente au locataire, aux prix et conditions indiqués (art. 15 II, loi du 6 juillet 1989) ; 2 mois pour accepter |
| Première vente après division de l'immeuble (mise en copropriété) | ✅ Oui | Loi du 31 décembre 1975 : offre préalable obligatoire au locataire, même pour une vente occupée |
| Vente en bloc de plus de 10 logements | ✅ Oui (sauf engagement de prorogation des baux) | Dispositif « loi Aurillac » — cas rare des investisseurs institutionnels |
| Vente occupée en meublé | ❌ Non | La loi de 1989 ne prévoit pas de préemption pour le meublé, même en congé pour vente |
Dans le cas standard — vous vendez votre appartement avec son locataire en place, immeuble déjà en copropriété — vous pouvez donc signer un compromis avec n'importe quel acquéreur sans jamais formuler d'offre au locataire.
La décote d'un bien vendu loué : les vraies fourchettes
Un logement occupé vaut moins que le même logement libre, parce que l'acheteur perd la jouissance immédiate et hérite d'un rendement figé. Les fourchettes constatées sur le marché :
| Situation locative | Décote constatée | Pourquoi |
|---|---|---|
| Bail meublé en cours (1 an, voire 9 mois étudiant) | ≈ 5-10 % | L'acheteur récupère la main vite ; certains achètent même le meublé occupé comme un produit clé en main |
| Bail nu récent, loyer au prix du marché | ≈ 10-15 % | 3 ans de jouissance bloquée minimum, congé encadré ; le prix s'aligne sur le rendement |
| Bail nu avec loyer nettement sous le marché | ≈ 15-20 % | Le rendement plafonne le prix : un loyer 20 % sous le marché se répercute presque intégralement |
| Locataire protégé (65 ans et plus, ressources modestes) | ≈ 20-25 %, parfois plus | Congé quasi impossible sans relogement : l'acheteur achète une rente viagère de fait |
Ces ordres de grandeur se raisonnent, ils ne se subissent pas : la décote réelle de VOTRE bien dépend du loyer en place, du temps restant avant l'échéance du bail et de la tension locale. Le bon réflexe : faire estimer la valeur libre du bien, puis appliquer le raisonnement de l'acheteur-investisseur (rendement attendu dans votre ville × loyer en place) — l'écart entre les deux chiffres EST votre décote. Un loyer récemment révisé et un dossier locatif propre (quittances, locataire à jour) la compriment de plusieurs points.
Dernier facteur souvent oublié : le calendrier du bail. Plus l'échéance approche, plus la décote fond — un bail nu à 10 mois de son terme se vend presque comme un bien libre, l'acheteur sachant qu'il pourra donner congé (dans les formes) ou récupérer le logement à brève échéance. Si vous n'êtes pas pressé, attendre 12 mois peut valoir plusieurs points de prix.
Vendre occupé ou libérer d'abord ? La matrice de décision
La vraie question n'est pas « ai-je le droit » mais « qu'est-ce qui maximise le net vendeur compte tenu du calendrier ». Les termes de l'arbitrage :
| Critère | Vendre occupé | Libérer puis vendre (congé pour vente) |
|---|---|---|
| Prix | Décote 5-25 % selon le bail | Prix du marché libre |
| Délai | Immédiat (compromis possible demain) | Congé à donner 6 mois avant l'échéance du bail nu — parfois 2+ ans d'attente |
| Risques | Marché d'acheteurs plus étroit (investisseurs) | Préemption du locataire, formalisme du congé (nullité si vice), vacance et charges pendant la vente |
| Trésorerie | Loyers perçus jusqu'à l'acte | Zéro loyer pendant la commercialisation + taxe foncière et copro à votre charge |
| Idéal pour | Loyer au marché, bail meublé, besoin de vendre vite, locataire fiable | Échéance de bail proche, loyer très sous-évalué, bien à fort potentiel « résidence principale » |
Deux règles de décision simples : si l'échéance du bail nu est à moins de 9-12 mois, le congé pour vente est presque toujours gagnant (la décote évitée dépasse largement quelques mois de loyers perdus). Si le bail vient d'être renouvelé pour 3 ans avec un loyer correct, vendre occupé fait gagner du temps et la décote reste contenue — surtout en meublé. Entre les deux, chiffrez : décote estimée d'un côté ; loyers perdus + charges + risque de marché de l'autre.
La vente occupée en pratique : information, visites, compromis
- Informer le locataire : aucune obligation légale en vente occupée, mais prévenez-le par écrit — vous aurez besoin de sa coopération pour les visites, et un locataire braqué se voit dans le dossier ;
- Les visites : le locataire doit les permettre si une clause du bail le prévoit (au maximum 2 heures par jour ouvrable) ; en pratique, calez des créneaux d'un commun accord — vous ne pouvez ni entrer sans lui ni lui imposer des horaires hors clause ;
- Le dossier de vente : au compromis, l'acquéreur reçoit le bail en cours, les 3 dernières quittances (un locataire à jour se prouve), l'état des lieux d'entrée, les diagnostics et le règlement de copropriété ;
- Le dépôt de garantie : il se transmet à l'acheteur (directement ou via le prix), car c'est lui qui devra le restituer en fin de bail — le notaire l'inscrit à l'acte ; le locataire, lui, ne verse rien de nouveau (cf. dépôt de garantie : les règles) ;
- Après l'acte : le nouveau propriétaire notifie ses coordonnées au locataire ; loyers et charges lui sont dus à compter de la vente, au prorata.
Côté impôt, vendre loué ne change pas le régime : c'est la plus-value immobilière classique des particuliers (abattements par durée de détention) — pas d'exonération résidence principale possible, par définition.
Pensez aussi à la vente… au locataire lui-même. Même sans droit de préemption, votre locataire est souvent le meilleur acheteur : il connaît le bien, n'exige pas de décote d'occupation (il achète sa propre jouissance), et la vente de gré à gré économise les frais d'agence des deux côtés. Une simple lettre lui proposant le bien à prix libre avant la mise en marché ne vous engage à rien — et transforme régulièrement une vente décotée en vente au prix. S'il décline, vous avez de toute façon documenté votre bonne foi pour la suite de la commercialisation.
Le locataire protégé : le cas qui change tout
La loi du 6 juillet 1989 (article 15 III) protège le locataire âgé de plus de 65 ans dont les ressources sont inférieures aux plafonds du logement social (ou celui qui héberge une personne de plus de 65 ans à charge dans ces conditions de ressources) :
- Le bailleur ne peut pas lui donner congé — ni pour vente ni pour reprise — sans lui proposer un relogement équivalent à proximité ;
- Exception : si le bailleur est lui-même âgé de plus de 65 ans ou a des ressources sous les mêmes plafonds, la protection tombe ;
- En vente occupée, cette protection ne vous empêche de rien — vous vendez, le bail continue. Mais elle pèse à plein sur votre acheteur, qui ne pourra probablement jamais récupérer le logement : c'est le scénario de décote maximale (20-25 % et plus), et le profil d'acquéreur se réduit aux investisseurs patrimoniaux de long terme — voire aux acheteurs en viager inversé.
Si votre locataire entre dans cette catégorie, faites chiffrer les deux scénarios avant de mettre en vente : la détention longue (attendre un départ volontaire) bat parfois la vente décotée.
FAQ
- Quelles sont les conditions pour vendre un appartement loué ?
-
Aucune condition particulière : vous pouvez vendre à tout moment, sans l'accord du locataire et sans le congédier. Le bail est transmis à l'acheteur aux mêmes conditions (article 1743 du Code civil) : même loyer, même échéance, même dépôt de garantie à restituer. Il faut simplement fournir le bail, les quittances et l'état des lieux au compromis, et organiser les visites dans le respect du bail.
- Puis-je vendre mon appartement alors qu'il est loué ?
-
Oui. Deux chemins : vendre occupé (immédiat, le locataire reste, décote de 5 à 25 % selon le bail) ou donner congé pour vente à l'échéance du bail (prix libre, mais préavis de 6 mois, droit de préemption du locataire et parfois des années d'attente). Le choix se chiffre : décote évitée d'un côté, loyers perdus et délai de l'autre.
- Quels sont les droits du locataire quand le propriétaire vend ?
-
En vente occupée, son bail continue à l'identique avec le nouveau propriétaire : même loyer, même durée, mêmes conditions — il n'a rien à signer et ne peut pas être expulsé. Il n'a de droit de préemption que si le bailleur lui donne congé pour vendre (location nue) ou lors de la première vente du logement après division de l'immeuble. Les visites ne peuvent excéder 2 heures par jour ouvrable si le bail les prévoit.
- Quel délai pour vendre un bien loué ?
-
Vendu occupé : le délai d'une vente classique (compromis possible immédiatement), le bail se poursuivant avec l'acheteur. Vendu libre : il faut attendre l'échéance du bail et donner congé pour vente au moins 6 mois avant (bail nu) — selon la date de signature du bail, cela peut représenter jusqu'à presque 3 ans d'attente avant de pouvoir commercialiser le bien vide.
- Peut-on expulser le locataire en cas de vente ?
-
Non. La vente n'est jamais un motif d'expulsion : l'acheteur d'un bien occupé reprend le bail et doit attendre son échéance pour donner un congé (vente, reprise pour habiter, motif légitime et sérieux), dans les formes et délais légaux. Et si le locataire a plus de 65 ans avec des ressources modestes, le congé est même impossible sans proposition de relogement équivalent.