La loi du 6 juillet 1989 en 30 secondes

Qu'est-ce que la loi du 6 juillet 1989 ?

La loi n° 89-462 du 6 juillet 1989 est LE texte qui régit les locations de résidence principale en France, vides comme meublées (pour ces dernières depuis la loi ALUR de 2014). Elle fixe le contenu du bail, le dépôt de garantie, les obligations du bailleur et du locataire, les préavis et les congés. Sa force : elle est d'ordre public — un bail ne peut pas y déroger au détriment du locataire, et toute clause contraire est réputée non écrite.

Trente-cinq ans après son adoption, la « loi de 1989 » reste la colonne vertébrale du droit locatif français — remaniée par ALUR, ELAN puis Climat et Résilience, mais jamais remplacée. Le problème, c'est qu'elle se lit comme un texte de loi : par articles numérotés, pas par situations concrètes. Ce guide fait la traduction : pour chaque moment de la vie d'un bail — signature, dépôt de garantie, loyer, réparations, congé, impayé — l'article de loi exact et le guide pratique Qoridor qui le détaille. À mettre en favori : c'est la table d'orientation du droit locatif.

Champ d'application : ce que la loi couvre — et ce qu'elle ne couvre pas

La loi s'applique aux locations de logements à usage de résidence principale (ou à usage mixte professionnel et habitation principale), que le logement soit loué vide (titre Ier) ou meublé (titre Ier bis, articles 25-3 à 25-11, introduit par la loi ALUR du 24 mars 2014). Le bail mobilité (1 à 10 mois) a son propre titre Ier ter depuis la loi ELAN de 2018.

Restent hors du champ de la loi (et relèvent du Code civil ou de textes spécifiques) :

  • Les locations saisonnières et meublés de tourisme — le logement n'est pas la résidence principale du locataire ;
  • Les logements de fonction attribués au titre d'un contrat de travail ;
  • Les logements-foyers et une grande partie du parc social, soumis à leurs propres régimes ;
  • Les résidences secondaires, garages et parkings loués indépendamment du logement ;
  • Les sous-locations, régies par les seuls rapports locataire principal / sous-locataire.

Le test pratique est simple : le locataire habite-t-il le logement à titre principal ? Si oui, la loi de 1989 s'applique — impossible d'y échapper en baptisant le contrat autrement, le juge requalifie.

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Les articles-clés côté bailleur : la table de correspondance

Pour chaque obligation du bailleur, l'article de loi et le guide qui le traduit en pratique :

ArticleCe qu'il régitLe guide détaillé
Art. 3Contenu obligatoire du bail (contrat type du décret n° 2015-587)Bail non meublé · bail meublé
Art. 3-3Dossier de diagnostic technique annexé au bail (DPE, plomb, ERP…)Diagnostics obligatoires en location
Art. 6Obligation de délivrer un logement décent et en bon étatLogement insalubre et décence
Art. 15Congé du bailleur : vente, reprise, motif légitime et sérieux — préavis 6 moisCongé pour vente · congé pour reprise
Art. 17 à 17-2Fixation du loyer, révision annuelle (IRL), encadrement en zone tendueEncadrement des loyers
Art. 21Quittance gratuite dès que le locataire la demandeQuittance de loyer : modèle
Art. 22Dépôt de garantie : 1 mois de loyer en vide, restitution sous 1 à 2 moisDépôt de garantie
Art. 22-1Cautionnement — et interdiction de le cumuler avec une GLI (sauf étudiant/apprenti)Caution solidaire · organismes garants
Art. 23Charges récupérables (liste limitative du décret de 1987) et régularisationCharges récupérables

Deux points méritent le détour côté bailleur. D'abord, l'article 6 ne se limite pas à l'état des lieux d'entrée : la décence s'apprécie pendant toute la durée du bail, critères énergétiques compris depuis la loi Climat et Résilience. Ensuite, l'article 22-1 organise un vrai choix stratégique de garantie — caution physique, organisme garant ou assurance loyers impayés — mais jamais les deux à la fois, sauf pour un étudiant ou un apprenti.

Les articles-clés côté locataire

Même exercice pour les droits et obligations du locataire :

ArticleCe qu'il régitLe guide détaillé
Art. 7Obligations du locataire : payer le loyer au terme convenu, user paisiblement, entretenir, assurerTerme échu ou à échoir
Art. 8-1Colocation : bail unique ou baux multiples, clause de solidarité limitée à 6 moisColocation et solidarité
Art. 12 et 15Résiliation par le locataire à tout moment : préavis 3 mois, réduit à 1 mois (zone tendue, mutation…)Préavis de location
Art. 20-1Recours si le logement est indécent (mise en demeure, CAF, commission de conciliation)Logement indécent : recours
Art. 24Clause résolutoire et procédure d'expulsion pour impayé : commandement, délais, trêve hivernaleLoyer impayé · procédure d'expulsion

La logique d'ensemble est déséquilibrée à dessein : le locataire peut partir à tout moment avec un simple préavis (article 12), quand le bailleur ne peut donner congé qu'à l'échéance du bail, pour trois motifs limitatifs et avec six mois de préavis (article 15). Notre guide du non-renouvellement du bail par le propriétaire détaille ce verrou et les recours du locataire face à un congé contestable.

Ordre public : ce qu'un bail ne peut pas prévoir (article 4)

C'est la disposition la plus méconnue et la plus puissante de la loi : l'article 4 dresse la liste des clauses réputées non écrites — elles peuvent figurer dans le bail signé, elles n'ont aucune valeur, sans même qu'il soit besoin d'aller au tribunal. Parmi les plus fréquentes en pratique :

  • Imposer le prélèvement automatique comme mode unique de paiement du loyer, ou la signature par avance de relevés ou de chèques ;
  • Facturer au locataire la quittance, les relances ou les frais d'envoi ;
  • Prévoir des pénalités ou amendes en cas d'infraction au bail ou au règlement intérieur ;
  • Interdire au locataire d'héberger des proches, d'exercer une activité associative ou politique, ou de détenir un animal familier (hors chiens dangereux) ;
  • Imposer la visite du logement les jours fériés ou plus de deux heures les jours ouvrables en cas de vente ou de relocation ;
  • Prévoir la résiliation automatique du bail pour un motif autre que les quatre admis par la clause résolutoire : impayé de loyer ou de dépôt de garantie, défaut d'assurance, troubles de voisinage constatés par le juge, sous-location interdite.

Le réflexe à retenir des deux côtés : relire le bail avec l'article 4 à côté. Un bailleur qui s'appuie sur une clause non écrite s'expose à devoir rembourser (frais de quittance, pénalités indûment perçues), plusieurs années en arrière si besoin.

ALUR, ELAN, Climat : les réformes qui ont transformé la loi

Le texte de 1989 a été profondément remanié par trois vagues législatives — d'où l'importance de toujours consulter la version consolidée :

  • Loi ALUR (24 mars 2014) : les meublés de résidence principale entrent dans la loi (titre Ier bis), contrat type obligatoire, plafonnement des honoraires d'agence imputables au locataire, encadrement des loyers (première version), liste limitative des pièces exigibles du candidat locataire, clause de solidarité en colocation limitée à 6 mois après congé ;
  • Loi ELAN (23 novembre 2018) : création du bail mobilité (1 à 10 mois, sans dépôt de garantie), relance de l'encadrement des loyers à titre expérimental (Paris, Lille, Lyon, Bordeaux, Montpellier…), bail numérique et dématérialisation des notifications ;
  • Loi Climat et Résilience (22 août 2021) : le calendrier énergétique entre dans le droit locatif — gel des loyers des passoires F et G depuis août 2022, interdiction de louer les logements classés G depuis le 1er janvier 2025, F en 2028, E en 2034. Le DPE devient un critère de décence : un logement interdit de location expose le bailleur aux recours de l'article 20-1.

À quoi s'ajoute, hors loi de 1989 mais indissociable en pratique, la réforme des sûretés de 2022 : la mention manuscrite de la caution est remplacée par une mention rédigée par la caution elle-même, sous peine de nullité — le détail dans notre guide de la caution solidaire.

Vide ou meublé : les chiffres-clés de la loi en un tableau

La loi organise deux régimes parallèles dont les paramètres diffèrent systématiquement — c'est la première source d'erreurs des bailleurs qui passent de l'un à l'autre :

ParamètreLocation vide (titre Ier)Location meublée (titre Ier bis)
Durée minimale du bail3 ans (6 ans si bailleur personne morale)1 an (9 mois pour un étudiant, sans reconduction)
Dépôt de garantie maximum1 mois de loyer hors charges2 mois de loyer hors charges
Préavis du locataire3 mois, réduit à 1 mois (zone tendue, mutation, santé…)1 mois dans tous les cas
Préavis du congé bailleur6 mois avant l'échéance3 mois avant l'échéance
Motifs de congé bailleurVente, reprise, motif légitime et sérieux (art. 15)Les trois mêmes (art. 25-8)
Congé pour venteVaut offre de vente prioritaire au locatairePas de droit de préemption du locataire
ChargesProvisions avec régularisation annuelleProvisions ou forfait (sans régularisation)

Le choix entre les deux régimes ne se résume donc pas au mobilier : il engage la durée de visibilité du bailleur, la souplesse de sortie du locataire et le mode de facturation des charges. La comparaison complète, fiscalité comprise, mérite un calcul au cas par cas — et le bon loyer de départ dans les deux régimes se vérifie contre le marché.

Comment lire et citer la loi (sans se tromper de version)

Trois réflexes pour utiliser la loi correctement :

  • Toujours la version consolidée sur Legifrance — la version « en vigueur », qui intègre toutes les modifications. Un article cité depuis un vieux PDF ou un forum peut avoir changé trois fois depuis ;
  • Vérifier le titre applicable : titre Ier pour le vide, Ier bis pour le meublé. Beaucoup d'articles du meublé renvoient au régime du vide, mais avec des différences clés — dépôt de garantie de 2 mois au lieu de 1, préavis bailleur de 3 mois au lieu de 6, bail d'1 an au lieu de 3 ;
  • Citer l'article précis dans les courriers (mise en demeure, contestation de congé, demande de quittance) : « conformément à l'article 21 de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989 » pèse plus lourd qu'une référence vague, et signale un interlocuteur qui connaît ses droits.

Enfin, avant de fixer ou de contester un loyer au titre des articles 17 et suivants, encore faut-il connaître la valeur locative réelle du bien : notre estimation de loyer gratuite la calcule en deux minutes sur les données du marché local.